‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 195 sur 521 · A. 1, sc.VI · texte numérisé non relu

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bliques pour les égorger à l'issue des festins' ! d On va aux renseignements. Hélas! la funeste vérité se confirme. Paris est noyé dans le sang. Plus de doute, l'être cher qu'on attendait a dû, lui aussi, tomber victime des égorgeurs. Tandis que toute la maison se livre au désespoir, le jeune Arsenne paraît, mais porteur de telles nouvelles que la joie du retour en est glacée soudain. « A travers les flambeaux^ les poignards, les meurtriers, les ruisseaux de sang, les monceaux de corps étendus qui barraient les passages, l'horreur et la confusion de cette nuit effroyable, j'ai échappé par miracle à leurs coups... La mort était partout... Je combats les assassins. Je me trouve renversé parmi les mourants et bientôt je n'embrasse plus que des cadavres. J'avais perdu le sentiment, ils me laissèrent pour mort, mais, revenant à moi, je suis sorti, pour ainsi dire^, du tombeau des miens. J'ai erré par la ville : l'arme sanglante que je portais à la main, mes cheveux hérissés, mes habits souillés de sang et de poussière m'ont fait regarder moi-même

comme un assassin Enfin précipitant mes pas égarés,

j'ai franchi l'espace qui me séparait de vous*. »

Il est sauvé par miracle : la mère et la famille entière de Laure ont péri. Dans le désordre d'une telle douleur et d'une telle épouvante', tous se livrent aux sentiments les plus confus, l'un parle de fuite^ l'autre invoque la vengeance, et nul n'écoute Arsenne le père, qui la repousse au nom de Dieu. Mais nous ne sommes pas encore au terme de cette gradation de terreur si puissamment ménagée. La proscription s'étend aussi sur les provinces, l'ordre fatal vient d'arriver à Lisieux, les portes fermées ne laissent plus sortir personne, la garnison prend les armes, il n'est plus d'asile pour les protestants. Ua délire furieux s'empare alors de ces infortunés. Puisqu'il faut mourir, ils ne mourront pas du moins sans avoir frappé les premiers. Ils iront droit à ceux qui arment le bras des bourreaux, ils poignar. deront les prêtres qui soufflent l'esprit de fanatisme et, avant

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