‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 203 sur 521 · Se. XLI · texte numérisé non relu

Se. XLI

tyran, il lui ôte toute dignité, l'abaisse, l'avilit sans mesure. A trois reprises différentes', il reprend l'entretien du roi et du médecin, c'est-à-dire un échange de lâchetés et de bravades dignes de deux âmes également basses. Sans doute, il était bon de montrer comment l'un qui se sent nécessaire se rit de l'odieux pouvoir qu'il désarme, et comment l'autre, par effroi de mourir, dévore les affronts. Mais, tout de même, certaines façons de parler répugnent par trop à la vraisemblance. « Vous souffrez, dit Coictier, vraiment je le crois bien, la fièvre est revenue de plus belle : mais c'est la peur que vous prenez qui fait tout cela et qui empêche toujours l'effet de mes remèdes. On la sent au mouvement du pouls, cette fièvre de crainte; on dirait que vous avez là la pointe du poignard sur le cœur.

LOUIS xt

Miséricorde! Ah! ne me parlez donc pas ainsi... Vous m'ôtez la respiration.

COICTIER

Et que puis-je y faire? Vous frissonnez sans moi, il faut bien que je vous avertisse, afin que vous remédiiez d'abord au mal de votre esprit ; j'ai assez à faire avec celui du corps. Vous savez que vous vous en êtes servi, tout dévot que vous êtes, avec un certain excès, et c'est moi présentement qui dois réparer le fruit de vos anciennes débauches'. »

Et plus loin :

LOUIS XI

« Ne vous fâchez donc pas, médecin. Est-il quelqu'un de plus malheureux que moi? A quoi me sert ma grandeur?

COICTIER

Oh! il faut que votre grandeur prenne médecine tout comme un autre.

LOUIS XI

Tout comme un autre!

COICTIER

Eh! oui. Pouvez-vous guérir différemment?

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