‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 204 sur 521 · s. vil · texte numérisé non relu

s. vil

SA VIE, SON ŒUVRE, SON TKMl'S 321

LOUIS XI

Vous m'assure/ en avoir guéri plusieurs, mon clier et habile médecin?

COICTIER

Vous le savez bien.

LOUIS XI

EL qui étaient plus désespérés que je ne le suis?

COICTIER

Sans moi, vous seriez tombé dans le dernier degré de dépérissement, et alors il n'y avait plus de remède.

LOUIS XI

Il en est temps encore? Vous me l'assurez bien?

COICTIER

Sans doute, sans doute. Mon art m'offre des ressources infinies, ignorées de tous les autres médecins'. »

Voilà qui tourne presque à la farce et ne justifie pas mal les sévères réUexions de Chaillet : « Je m'étais préparé à contempler avec un plaisir mêlé d'horreur le fond de cette ;\me défiante, haineuse, dissimulée et rancunière, et je n'ai vu qu'un monarque pusillanime, gourmande par son médecin, trompé par des vendeurs de reliques, ayant l'imbécillité de faire proposer au Sultan des Turcs de se convertir, voulant à toute force qu'on le guérisse et répétant sans cesse jusqu'au dégoût : « Guérissez-moi, guérissez-moi! », en un mot le Malade imaginaire sur le trône, ridicule sans faire rire et souffrant sans intéresser en aucun sens. C'était bien la peine d'évoquer pour cela l'ombre terrible de Louis XI * ! »

N'y a-t-il point encore quelque chose de burlesque à nous montrer sous les armes une sentinelle de quatre-vingt-huit ans conversant avec un courrier fort chenu, lui aussi, afin que ces deux barbons puissent, au fil de leurs souvenirs, passer en revue les hommes du siècle et discourir doctement de toutes les couronnes et de tous les cabinets, comme si les secrets en eussent été à leur merci?

Mais le plus étonnant de tous est le personnage de Pran-

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