‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 206 sur 521 · Se. XLV · texte numérisé non relu

Se. XLV

2. Journ. helv., 15 mars 1784, 181. C'est aussi parmi les essais du genre historique qu'il faut ranger Une journée de Ros7iy . Calomuié auprès de ce ministre, disgracie par lui, le prenant dès lors pour son persécuteur, nu hardi capitaine l'aborde sans le connaître, se plaint de lui à lui-même et le gagne par la candeur de ses récriminations. Cette petite comédie d'assez vive allure ne laisse pas d'avancer sur son époque. Elle sent fort déjà la manière de Scribe.

nullement delui reprendre son propre bien pour en faire un usage plus orthodoxe. Qu'il juge ù propos de reloucher Roméo et Julieile ou le Roi J.ear, pour ce genre de vandalisme son intrépidité est toute prête.

Nous avons peine à nous figurer dans sa perfection une telle incurie du beau. Il faut avoir présente à l'esprit la parole déjà citée : « Ce n'est point sur la valeur plus ou moins grande du génie que je juge et que j'apprécie les auteurs dramatiques : c'est... sur la morale qui résulte de leurs pièces *. » Quand une œuvre d'art quelconque n'est point susceptible d'application morale, à la lettre elle n'existe pas pour Mercier. En vingt endroits, il fait éclater son mépris pour la peinture. Il s'indigne de voir loger au Louvre les peintres, c'est-à-dire « les hommes les plus inutiles au monde et qui font payer chèrement un art qui n'intéresse en rien le bonheur, le repos ni mêmes les jouissances de la société civile, art froid, menteur dont tout vrai philosophe sentira l'inanité * ». Condescend-il à discuter l'effet d'une toile, il y voit surtout le plaisir que donne un lourde force. « Si elle enchante, c'est par réflexion, surtout quand on l'étudié, parce qu'alors elle donne une satisfaisante idée de l'adresse, de la patience et de l'esprit de l'homme qui, avec le bout de son pinceau, a personnifié des couleurs et créé un espace. » En tout cas, lui, cette gageure gagnée ne 1' « enchante » guère, il n'en parle qu'avec dédain : « Ce que je reprocherais à la peinture, c'est qu'elle ne donne pas un plaisir égal à la peine qu'on a prise pour y exceller : des combinaisons multipliées aboutissent à une sensation faible, à un plaisir momentané '. » S'il fait exception pour Greuze, les raisons de son penchant qu'il nous a données lui-même ne doivent rien au talent de l'artiste. Quand il visite une exposition, il n'est sensible qu'à l'injustice de voir perpétuer les traits d'une foule de gens inrlignes de cet honneur, ou le souvenir d'événements historiques qui font honte à l'humanité* ». Lui montre-t-on certaines tentures d'un art miraculeux, il y condamne l'effet d'un luxe coupable. « Le philosophe ne voit pas sans douleur des tapisseries en or et

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