‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 207 sur 521 · T. de P., V · texte numérisé non relu

T. de P., V

en soie composant environ vingt-quatre mille aunes. A quoi bon présenter sur nos murailles les batailles de Scipion l'Africain? Quel travail superflu !.... Jamais la main de Thomme ne s'est dégradée d'une manière plus vaine et plus puérile que dans tous ces ouvrages sortis de la manufacture de la Savonnerie'. » Aucune recherche esthétique ne trouve grâce devant lui. « Les sculpteurs mettent des vases de marbre dans nos jardins, et ces vases sont toujours vides. Dans les appartements, on voit des urnes et des amphores qui ne contiennent aucune liqueur'. » Enfin les débris des colonnes antiques ne lui paraissent bonnes qu'à faire des meules de moulin'.

A la vérité, d'autres arts le trouvent moins rebelle. « La peinture, proclame-t-il, n'est qu'un enfantillage, mais la musique est un art. » Il l'aime passionnément et^ en l'honneur de cet amour, quand il est parrain d'une fille, il la nomme toujours Cécile. Il a des préférences raisonnées, se déclare déterminé gluckiste et méprise l'opéra ancien *. De même, il a l'instinct du lyrisme et oppose fort sagement à la versification de son temps la poésie telle qu'il la pressent, telle que la mélodieuse prose de Rousseau, par exemple, la lui révèle. Comme nous le verrons aussi, il s'émeut profondément à l'aspect des solitudes alpestres, des ruines que la mousse envahit, des hautes voûtes des cathédrales gothiques. Mais la communication particulière qu'il a du beau, loin d'infirmer ce qui précède, en fait foi avec plus de force encore. D'où vient cette complaisance pour la musique? De

ce qu'elle est, assure-t-il, « le meilleur traité de morale

C'est la musique qui dit à l'homme qu'il est au dessus de la matière », et son enthousiasme lui inspire cette gracieuse image : « Quand nous serons morts, nous ne parlerons à Dieu qu'en musique ^ » Voilà qui s'entend sans peine. L'art

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