A. I, se. II
2. A. III, se. Vil. Chaillet se récria comme il venait de le faire à propos de Zoé : « Benvolio déclare sans détour que Vamoiir est son dieu, que l'amour est un seniimenl plein de raison, une passion vraiment céleste, ce qu'il y a de meilleur ici-bas ; qu'il s'est dévoué à son service et à sou culte ; qu'il est le frère et le défenseur zélé de tous les êtres sacrés qui ressentent ses flammes divines, sans s'embarrasser le moins du monde des reproches et de l'autorité des pères, des institutions hu- Tnaines, des profanes clameurs du préjugé. Quel enthousiasme! quelle fougue! quelle fièvre chaude! » Journ. helv., sept. 1782, p. 19.
3. Mercier n'a pas le mérite de cette invention saugrenue. Avant lui, le chevalier de Chastellux avait déjà imaginé de sauver la vie à Roméo et à Juliette tiaus une imitation libre du drame anglais qui fut jouée sur le théâtre de société de M. de Magnanville, à la Chevrette, en 1771. Voir Co7'r. litt., ix, 297, x, 31.
Ajoutons aussi que Mercier n'a pas balancé davantage à corriger le
Inconscient du sacrilège, Mercier, sans doute, n'a (mi ({iic mépris pour le cri de scandale que poussa l'honnête Chaillct : « Pour qui me prend-on? Ce n'est pas à moi qu'on fera croire de pareils contes. Ne sais-je pas bien que Roméo, croyant Juliette morte, s'empoisonna?... Quand un grand poète a traité un sujet quelconque,, il n'est plus permis, en le traitant après lui, de changer la catastrophe. Elle est devenue comme une vérité historique. Que penserait-on d'une Andromaque qui se terminerait par le mariage de Pyrrhus avec la veuve d'Hector'? » Mercier n'était-il pas bien fondé à blâmer Ducis d'avoir « imprimé à ses personnages une physionomie étrangère'? » La manière dont il mettait Shakespeare en drame bourgeois a de quoi nous rendre indulgents pour l'autre qui, en s'efforçant de le plier aux bienséances de la tragédie, trouvait moyen d'ajouter à l'original anglais quelques horreurs de plus, par respect de la couleur locale^.
Mercier s'applaudit encore une autre fois, et non moins à tort, d'avoir mieux fait que Ducis, lorsque, s'en prenant au Roi Lear, il donna, dans son Vieillard et ses trois fiUeSy un nouvel exemple de la même pileuse dégradation*. Nous avons l'aveu du coupable avec le candide témoignage de son illusion : « Je me flatte, écrit-il, que l'on retrouvera dans mon Vieillard et ses trois filles, la vraie manière de Shakespeare, et cependant le plan et les détails m'appartiendront presque entiers. J'ai commencé par faire descendre du trône le principal personnage, car ce n'est pas comme roi qu'il nous touche, qu'il nous attendrit dans le délire de sa douleur, c'est comme homme, c'est comme père. J'ai mieux aimé offrir un tableau moral rapproché de nous, applicable
dénouement de Werther. Après une longue et mortelle lamentation qui emplit quatre actes, quand Romainval cède enfiu à l'obsession du suicide, le bras officieux d'un ami détourne le coup dont il allait se frapper.