Éludes sur le xyiii"^ siècle. Paris, Durand, 1855, p
3. Voir F. Ilémon. ies Ir ans forma lions du prix d'éloquence. Rev. Pol. et litt., 8 avril 1882.
de modèles, autant de hérauts à son usage. Thomas surtout s'était distiiip,ué dans ce hardi travail d'accommodation : de 1759 à 1705^ c'est lui qui cinq fois de suite l'emporta sur tous ses rivaux. En 1765, on couronnait son éloge de Descartes*, où il est juste de reconnaître, malgré le discrédit du genre, des qualités réelles de justesse, de convenance et d'analyse exacte. Mercier s'était présenté dans la même lice, et bien qu'il eût succombé, il publia son hLoge, où l'on apprend qu' " échauffé de l'amour de l'humanité, qui n'est pas un nom stérile dans sa bouche, » Descartes « avait promis à ce Dieu qui lit dans les cœurs de ne travailler que pour sa gloire et l'utilité du genre humain. » On y voit aussi que le philosophe consola la princesse Elisabeth « du malheur de vivre dans un rang élevé. »
Même esprit dans l'éloge de Charles V qu'il présenta sans plus de succès au concours de 1767*. En lui l'opinion se plaisait à personnifier le roi-citoyen qu'on rêvait, celui qu'on allait bientôt saluer d'un si bel élan d'espoir, à l'avènement de Louis XVI. Sous le couvert d'un innocent panégyrique, quel régal de dire son fait au pouvoir arbitraire! De quoi Mercier loue-t-il surtout Charles V? D'avoir rendu son cours à la justice, d'avoir réprimé « l'esprit d'intolérance, le fléau le plus intolérable et le plus destructeur », d'avoir sévi contre « le principe de toute corruption, le luxe, ce fléau dangereux. » « Quel spectacle plus rare, s'écrie-t-il, et plus digne des regards d'un philosophe qu'un prince qui veut faire du bien à tous et qui le peut! » D'ailleurs, le portrait est de pure convention. On n'y sent aucune vérité individuelle, aucun trait de nature; c'est le type abstrait du roi, selon le cœur des philosophes.
Bien plus encore que Charles V, Henri IV était l'objet de leur prédilection, si bien que l'enthousiasme royaliste dont ils firent preuve pour lui donna de l'ombrage au gouvernement. Il parut quelque peu séditieux d'aimer tant ce prince, et l'innocente pièce de Collé, la Partie de chasse de Henri IV, écrite dès 1765, se vit interdire l'accès de la Comédie-Française jusqu'à la mort de Louis XV*. Elle n'en fit que mieux
1. Le prix fut partagé entre lui et Gaillard, mais le public murmura du partage.