‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 211 sur 521 · Avertissement en tête de la pièce · texte numérisé non relu

Avertissement en tête de la pièce

compte! Ce n'est pas chose iadillereate ù l'eliet produit, apparemment, que, dans le texte anglais, Lear, de son propre gré dépouillé d'un royaume, se voie refuser par ses héritières l'escorte de chevaliers qui fait honneur à son rang, au lieu d'être, comme chez notre auteur, un vieux bourgeois trop bon, brouillé avec des filles acariâtres par des difficultés d'antichambre. Oh ! certes, au regard de la Justice éternelle, celles-ci ne laissent point d'être d'assez vilaines créatures. Mais il n'est pas donné à toutes les laideurs morales de s'élever à la dignité tragique. C'est ce que Mercier ne comprenait pas quand il se courrouçait si fort contre Molière qui osait faire rire au dépens du vice. Oui, en dépit de cette indignation généreuse, il y a des vices qui ne sont justiciables que du ridicule, par la sordide manière dont ils trouvent à s'exercer. Proie légitime du vaudeville et de la caricature, si l'on s'avise de flétrir ces méfaits bourgeois en trop pompeux appareil, c'est au burlesque tout droit qu'on aboutit, au burlesque dont les procédés immémoriaux consistent tous dans le contraste du ton et du sujet. Bien à son insu, Mercier nous paraît fort près d'en avoir ici fait l'épreuve, lui qui trouve moyen de transporter dans sa pauvre historiette la scène de l'orage, si grandiose dans Shakespeare, celle oia l'abandonné appelle sur ses enfants impies la fureur des éléments déchaînés.

L'imitation de Timon d'Athènes mérite moins de nous arrêter. Elle n'emprunte quelque intérêt qu'aux circonstances qui l'ont vue naître, au fond des prisons de la Terreur, où le philosophe, cherchant dans son poète préféré le sujet le plus conforme à ses propres préoccupations, s'était attaché à peindre sous les traits du « haisseur des hommes » * le ressentiment d'un désabusé. Considérée en soi, elle prête à moins d'observations précisément parce que le texte anglais y est serré de plus près'. Tout au plus, aurions-nous à y relever une même et constante propension à retrancher les transports d'imagination, la richesse des images lyriques, pour laisser paraître davantage dans sa

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