X. Jezennemours
Mercier, pendant longtemps, n'avait vraiment pas eu trop à se plaindre des critiques contemporains, Grimm s'était toujours montré dédaigneux, mais les feuilles de Grimm demeuraient manuscrites. Sur tous ses écrits de jeunesse que j'ai examinés, sur ses Songes, ses Contes moraux ou même son moindre opuscule, si l'on consulte, au contraire, les principaux journaux qui paraissaient alors alors, on n'y trouvera presque toujours à reprendre que l'excès de l'indulgence. Je renvoie à quelques-uns de leurs jugements cités plus haut. Par l'estime qu'on y provoquait et du talent de l'auteur et de ses intentions généreuses, on accordait à celui-ci précisément le genre d'éloge dont il dût être le plus jaloux et les réserves ne s'y glissaient point
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qu elle ne prissent le ton le plus amical. Même quand Mercier se mit an drame, une sorte d'ouvrage bien discutée pourtant il ne découragea point de prime abord cet esprit de bienveillance. J'ai rapporté les mentions flatteuses qui furent faites de Jenneval. Sans dissimuler, à l'endroit du Déserteur, une sévérité, qui n'a d'ailleurs rien d'excessif, V Année littéraire ne laissa pas d'y apercevoir a de grandes beautés*. » De cette même pièce, le Journal de Bouillon parla dans les termes de la plus chaleureuse approbation». On a vu plus haut combien Olinde a droit à passer pour un faible ouvrage : le Mercure fut loin cependant de le juger tel'.
Le Nouvel Essai sur V art dramatique nuisit gravement et tout d'un coup au crédit si libéral dont le jeune écrivain avait joui jusqu'à ce jour. Pour s'attirer d'assez vertes répliques, il eût suffi sans doute à Mercier d'avoir raison, dans la mesure où il avait en effet raison, de répudier la superstition des vieilles règles et de jeter un cri d'affranchissement. Plus d'un y eût amplement trouvé déjà de quoi le regarder de travers. Mais à ses détracteurs prédestinés il avait pris soin lui-même de procurer du renfort. Les moins intraitables en matière d'innovation lui devaient passer difficilement son aveugle ardeur à dénigrer tout l'ancien théâtre, moins encore l'irrévérence systématique qui l'animait contre ses plus illustres chefs-d'œuvre et leurs auteurs. Encore ne s'en était-il pas tenu là. Tous ceux qui ne pensaient pas comme lui sur l'art dramatique, il les avait pour ainsi dire appelés en combat singulier, les excitant, à force de bravades, à venger leur injure sur une doctrine assaisonnée de tant de provocations.
Écoutez l'audacieux défi dont j'ai déjà cité les premiers mots : « Les critiques, les commentateurs, les journalistes, les dissertaleurs, toute cette tourbe scolastique qui ne parle que par la bouche des morts et qui leur fait dire les plus impertinentes sottises; tous ces gens, amis des tombeaux et des ténèbres, préconisant tout ce qui est fait anciennement et livrant sagement la guerre à ce qui se fait et à ce qui se fera, ont la prunelle des hiboux ((ui se contracte douloureusement au moindre rayon ; ils vous par-