Ibid., 1776, vu
350 SÉBASTIEÎS' MERCIER
A la vérité, le ton dont il y est parlé d'abord des théories de Mercier est celui d'une faveur presque déclarée : « Un lecteur qui sait réfléchir trouvera dans ce livre des paradoxes et des vérités, des idées nouvelles et vraies, avec des idées singulières et des vues impraticables. Mais en général cet ouvrage donnera plus à penser que bien des traités
méthodiques écrits sur cette matière Tout cet ouvrage
est rempli de vues nouvelles et de projets dont l'exécution, quelque belle qu'elle fût, est vraisemblablement renvoyée à VAn 2440, rêne s'il en fut jamais. Mais, si ce sont ici des rêves, ce sont du moins de beaux rêves, d'un homme d'esprit et d'une âme honnête, qui pense fortement et qui écrit avec chaleur '. » Le dissentiment ne s'accuse guère que touchant les prétentions de l'auteur à traiter indistinctement sur le théâtre toutes les questions, politiques ou autres ; c'est le cas de demander où il prend les titres de cette présomption, de quel droit il s'arroge une autorité de jugement qui appartient au ministre, au magistrat. Mais un polémiste d'humeur moins facile ne devait pas tarder à entrer en lice.
Celui dont je vais citer les arguments est Chaillet, qui prit en 1779 la direction du Journal de Neuchâtel et y montra, comme on a déjà pu en juger, une éminente distinction d'esprit, laquelle eût dû, semble-t-il, lui donner quelque recours contre l'oubli où il est tombé. La tragédie attaquée au nom du naturel et de la vérité, il la défend en rétorquant contre le drame les objections dont on se sert contre elle et il montre bien de la finesse à démêler la part de convention inhérente aussi à ce dernier genre. « Le drame.. . imite-t-il de si près la nature? Est-il si vrai? N'est-il ni monotone, ni bouffi, ni boursouflé? C'est ce qu'il faudrait d'abord examiner. » La tragédie, toute loyale, ne nous fait pas de fausses promesses. « Vous me peignez des héros, vous me transportez dans des pays lointains;, dans des siècles reculés. Je suis tout à fait dépaysé, mon imagination docile et toute subjuguée est sous le charme, tant que dure le spectacle. Vos personnages sont des hommes presque d'une autre espèce. Quand vous évoquez devant moi les ombres orgueilleuses d'Achille et d'Agamemnon,