‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 220 sur 521 · Journal kclcéliq ue, jaiWitl · texte numérisé non relu

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SA VIK, SON OKUVRK, SON TK.MPS 331

d'Alexandre et de Porus, de Sertorius et de Pompée, d'IIermione, de Clytemncstre ou d'Agrippine, je ne m'attends pas à les entendre parler un langage vulgaire. La pompe et la cadence du grand vers alexandrin, la noblesse des sentiments, la magnificence des expressions et des images, tout est assorti, tout concourt à entretenir une illusion que je chéris. Je suis dans le pays des enchantements et je ne suis point surpris d'y voir tout plus grand que nature. Je demande seulement au poète magicien que tout se soutienne, que rien ne me désabuse et qu'il me laisse me tromper. Une statue colossale bien proportionnée, voilà selon moi, l'image de la tragédie.

Mais vous dites : ce qui est colossal n'est pas naturel. Et vous, l'êtes-vous? Vos personnages sont des bourgeois, et (juelquefois un notaire, un commis, un vinaigrier. Je sais comment parlent tous ces gens-là, je connais le tondes conversations, je vois comment on est et comment on s'entretient dans les l'amilles. Dans vos drames, je ne me reconnais point. Je puis avoir la manière de penser, le caractère, les sentiments de vos acteurs, mais je ne m'expliquerai jamais comme eux, si je puis. Ils moralisent, ils dissertent, ils déclament; c'est un enchaînement de beaux discours, un étalage de beaux sentiments tels que je n'en entendis jamais. C'est bien le drame... qui a le ion monotone ! Le ton d'Athalie est bien plus différent de celui de Phèdre que le ton du Père de famille ne l'est de celui du Fils Naturel. Et pour moi, il me semble que tous nos drames sont à peu près sur le même ton, et qu'il y a beaucoup de variété au contraire dans le ton de nos tragédies. Comme on voit différemment*! »

Lorsque, en même temps que de Racine, Mercier médit tant de Boileau, on n'aperçoit que trop ses raisons. « Justesse, précision, exactitude, goût, régularité, nous faisons en général fort peu de cas de tout cela, ce ne sont que des minuties. Il n'est question aujourd'hui que de force, de philosophie, de chaleur, de grandes vues, de sentiment. »

Voilà surtout le dernier mot lâché qui brouille toutes les cervelles. « Observez cependant que les Anciens n'ont pas su ce que c'était que ce sentiment, cette chaleur dont

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