‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 229 sur 521 · Voir à l'Appendice · texte numérisé non relu

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3. Jenneval, Le Déserteur, Olinde et Sophronie, l'Indigent, Le Faux Ami, Jean Heniunjer.

4. Le Journal helvétique signale la traduction allemande du Déserteur et celle de l'Indigent. 11 annonce que cette dernière pièce a été représentée avec beaucoup de succès sur quelques théâtres d'Allemagne. Journ. helv., avril 1772, 62.

y. Sans parler des tournées qui, en notre langue même, les transportaient au delà des frontières. Un certain Pingerou écrivait de Gênes à l'auteur le 24 novembre 1776 : « II y a dans cette ville une troupe passable de comédiens français qui... joue souvent vos drames et on

rabattre de sa première résolution. Il composa une septième pièce et la présenta à la Comédie-Française : après neuf mois de sollicitations, elle fut enfin lue, jugée et reçue le'8 août 1773'. C'était Nalalie. D'après les usages de la Comédie, un premier ouvrage admis lui donnait le droit d'exiger la lecture d'un autre. Le 22 décembre de la même année, il se fit donc inscrire pour une nouvelle pièce, la Brouette du Vinaigrier. Mais, en renonçant à s'abstenir de rapports avec les Comédiens Français, il n'avait pas changé d'avis sur leur compte.

Plus que jamais en ce temps-là, le mot fameux de Molière, qui les connaissait bien, se trouvait justifié\ Il faut voir dans le Journal de Papillon de La Ferté le détail de leurs prétentions, de leurs vanités et de leurs discordes. Non moins que l'amour-propre inhérent à leur état, c'est i'ambiguité même de leur situation qui en était cause. Humiliés et flétris par la loi, excommuniés par l'Église, irrecevables à témoigner en justice, exclus des sacrements et même de la sépulture chrétienne' ils se voyaient, par le public, par la société, même la plus haute, comblés de flatteries et de caresses. Faut-il rappeler les relations familières du maréchal de Richelieu avec Mole \ de la duchesse

les lui demande ici avec une sorte d'empressement. La Brouette du Vinaigrier et l'Indigent sont deux pièces de ce nombre. Les dames génoises y applaudissent d'une manière qui fait honneur à leur sensibilité. J'eus, il y a quelques années, la môme satisfaction à Nancy en y voyant jouer votre Jenneval.... Les étrangers et les provinciaux vous rendent la justice que vous méritez. » Papiers de M. Duca.

1. Mémoire à consulter pour le sieur Mercier, par tlenrion de Pansey. Elle avait eu dix voix en sa faveur contre deux qui opinaient pour des corrections et trois opposantes. {Arch. de la Com. Fr.)

2. « Les étranges animaux à conduire que des comédiens. » Impromptu de Versailles.

3. Au contraire, il est curieux de le rappeler, les acteurs de la troupe italienne étaient traités en chrétiens. A la procession de la paroisse Saint-Sauveur, on vit certain jour Arlequin, Scapin, Pautalon et Scaramouche tenir les cordons du dais. T. de P., xr, 301.

4. Et non pas avec Mole seulement : «... Les comédiens étaient comme pair à compagnon avec lui, les uns le prenant par le bras et lui demandant à déjeuner, les autres, des bonbons. Il a été leur chercher des confitures et des dragées qu'ils s'arrachaient les uns aux autres. Je rougissais pour lui de cette scène, indécente à son âge et dans son rang. » 10 juillet 1773. Journal de Papillon de la Ferlé, Paris, Ollendorff, 1887, p. 350.

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de Villeroy avec M"^ Clairon? Mole malade, et tout Paris s'empressant à fournir sa cave du vin vieux que prescrivait le médecin? Clairon au For l'Évèque, et tout le quai encombré des carrosses qui s'y rendaient en cortège? Làdessus, les anecdotes abondent, trop connues pour qu'il vaille la peine de les citer. Mais, choyés comme des enfants gâtés, ces favoris du public étaient aussi châtiés comme tels.

Tandis que tout concourait à échauffer en eux le sentiment de leur importance, on s'étonnait qu'ils ne fussent pas plus souples à une tutelle tracassière et méticuleuse. Soumis en tout point à l'autorité des gentilhommes de la Chambre, ceux-ci s'ingéraient dans la distribution des rôles, dans l'admission des nouveaux-venus, dans l'allocation des parts, et, parla, ils attisaient les rivalités. Les comédiens venaientils à regimber, « au cachot les coquins! » s'écriait tout d'une voix le bon public, certain soir qu'une partie de la troupe préféra coucher en prison plutôt que de jouer avec le sieur Dubois compromis dans un procès fâcheux. S'irritaient-ils eux-mêmes de l'étrange contraste entre leur état légal et leur faveur de fait, en appelaient-ils, comme M"' Clairon, dans des mémoires judiciaires*, à la justice du roi et au jugement de l'opinion, c'est une dédaigneuse fin de non recevoir qui renvoyait à leur marotte ces amuseurs présomptueux. Les Parisiens se divertissaient du débat, on en discourait abondamment dans les cafés et les soupers, et les choses restaient en la demeure. C'eût été miracle que des gens soumis à ce régime y eussent appris la modestie, la discipline et la conscience de leur devoir. Retranchés derrière leurs privilèges, ils exploitaient le théâtre au mieux de leurs intérêts, faisaient la loi aux auteurs, traitaient « les gens de lettres et le public beaucoup moins bien que les gentilshommes de la Chambre ne les traitaient eux-mêmes". » Or, entre leur amour-propre et celui des auteurs, la partie était au moins égale. Traitant du théâtre et des abus qui en contrariaient la véritable utilité, Mercier ne pouvait taire ceux qui provenaient du fait des comédiens, tant de leurs prérogatives exorbitantes que des pratiques d'insolence, de cupidité et de paresse qu'elles entretenaient chez eux.

La Comédie-Française était une société d'acteurs investie

1. Voir E. de Goncoui-t. Mademoiselle Clairon. Paris, Charpentier, 1890.

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