L'Unmiiie saavuijc. 261-268, pa^siin
SA VIE, SON œUVRE, SO.N TEMPS 51
de son compère, il l'avertit (}ue son équipée fait injure aux vrais droits de l'inlelligcnce, à la vraie vocation du genre humain; il sait que c'est le prendre par son faible, et tous deux reviennent doucement par un chemin de traverse.
Mais l'imaginalii' ne lardait pas à se remettre en campagne, sauf à changer de chimère. La voix de son discret censeur lui murmurait de loin <[u'il quittait terre, et, grâce à ce sage avis, s'il gagnait, comme uu lieu de prédilection, le pays des Rêves, du moins était-ce à bon escient. Jamais encore il ne s'était abandonné à son penchant aussi éperdument que dans les Songes philosophiques qui parurent en 1768. On y respire comme une lièvre brûlante d'optimisme. Dans son avertissement, rauteur se llatte que le lecteur « y retrouvera les grands et vrais principes de la morale, si nécessaires à l'homme, défendus avec courage et exposés avec cette exactitude qui naît de l'intime persuasion. » Ces principes, il y croit du fond de l'âme, il les possède et les contemple en esprit, non seulement comme un fidèle, mais comme un voyant. Comment le doute effleurerait-il un esprit baigné par la pleine lumière de l'évidence? Ce sont pourtant les plus inquiétants de tous les problèmes qu'il aborde, l'explication du mal, la justification de l'innocence, la réparation de l'infortune, la récompense de la vertu, toutes les sanctions de la loi morale. Il en perd le sommeil, car « l'âme de l'homme vertueux ne veut point être heureuse ou veut l'être avec l'univers' ». Pas une fois néanmoins, il ne chancelle ni ne se déconcerte, et on comprend que pour tenir si ferme contre les démentis de l'expérience son optimisme a besoin de racines extra-terrestres. A ce degré, la foi philosophique participe de la sécurité de la révélation.
Dans un premier Songe, il expose d'abord que le mal moral est la condition et l'épreuve de la vertu. « Souvent la vertu souflfre parce qu'elle cesserait d'être vertu si elle ne combattait pas'. » Aux yeux du rêveur ébloui un miracle fait alors paraître, imprimées sur un tableau magique, les images successives des destinées qui auraient pu être et qui n'ont pas été : celle du jeune homme mort avant l'âge et qui serait devenu un scélérat, celle de l'homme de bien en