‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 250 sur 521 · DORIMÈNE · texte numérisé non relu

DORIMÈNE

Il vaut donc mieux pleurer?

PROUSAS

Je pleure avec délices.

Quand je suis attendri, les ris sont mes supplices.

Il destine la main de sa fille, contre le gré de celle-ci, au fils de l'ami qui fait représenter ses drames en province et y donne le signal des larmes. Enfin, il a un violent transport de joie en lisant dans un journal qu'un pâtissier a^ par le moyen d'un pâté, empoisonné toute une famille.

Quel sujet! Béni soit le ciel qui me l'envoie! Ce sublime pâté vaut le Cheval de Troie.

En vain, l'auteur, par précaution oratoire, déclare dans sa préface qu'il n'est pas ennemi de l'attendrissement, et que ses plaisanteries ne visent que l'attirail lugubre qui règne dans certaines pièces, que ces farces sépulcrales à propos desquelles Voltaire, un jour, lui demandait à Ferney si, sur les théâtres de Paris, on jouait toujours à la boule avec des tètes de morts. Le coup était porté et les ennemis de Mercier ne s'y méprirent pas. Le Journal Encyclopédique trouvait bien que ce n'était pas matière à pièce de théâtre que la manie des drames et il reprenait à cette occasion l'amour-propre des gens de lettres qui les conduit à croire leurs querelles intestines dignes d'occuper le public*. Mais VAnnée Littéraire rayonna : « Comme, de tous les ridicules, le plus durable est celui qui part de la scène, c'est un vrai service rendu aux lettres que de livrer à la risée publique cet essaim de prétendus réformateurs, d'autant plus à craindre que leurs leçons et leurs exemples sont saisis avec avidité par l'impuissante médiocrité". » Il était vraiment fâcheux que cette pièce satirique n'eût pas réussi à Fontainebleau; peut-être l'allongement devait-il lui profiter, après tout, et le journaliste se consolait mal que la Comédie-

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