‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 251 sur 521 · Ann. Litt., 1778, vin · texte numérisé non relu

Ann. Litt., 1778, vin

Française n'appelât pas, sur sa propre scène, du jugement delà Cour. La Uarpe,deson côté, ne fut pas le moins joyeux*. Lui non plus n'admettait point en principe qu' « un travers d'esprit sur des matières de goût » pût soutenir suffisamment l'intérêt d'une comédie, sans le secours d'une situation comique. Mais, sous cette réserve, tout l'en ravissait. L'enragé dramaturge repousse-t-illa demande d'un futur parce Que c'est un homme enfin que Uacine a gâté %

le critique de s'écrier : « L'on croit entendre M. Mercier. » S'agit-il des drames que Prousas fait représenter à Lyon, aussitôt La Harpe rappelle avec insistance que Mercier n'est joué qu'en province. Il souligne avec délices le passage sur les hôpitaux : « Voilà ce qu'on appelle un élan sublime. Il ne faut pas demander de qui sont ces paroles mémorables. Il n'y a qu'un homme capable de les avoir dites et imprimées, et l'on doit concevoir que cet homme-là ne donnerait pas son théâtre pour celui de Racine. » Une autre allusion de la pièce lui rappelle que Mercier a fait des vers dans ses premières années, témoin l'épitre d'Héloïse à Abailard, et La Harpe encore de s'en railler à cœur-joie, non sans imprudence.

Mercier pouvait lui reprocher le même méfait et il n'y manqua pas. « Il existe un fragment de cette épitre traduit en vers par M. de La Harpe. Il a fallu certes toute mon érudition pour en informer le public. N'ayant pas mieux réussi que moi, il est assez risible de le voir en parler aujourd'hui pour attaquer mes vieilles rimes. En vérité, c'est la pelle qui se moque du fourgon, comme dit le proverbe *. »

Mercier était prompt à la riposte. Ce jour-là La Harpe put s'en apercevoir. Avec une dignité vraiment fière, il relève l'avantage peu délicat que l'on prend sur lui de ce que

1. Journal, de Roi, et de Litt., 25 mai 1778. Meister, qui, d'ailleurs, ne faisait pas grand cas de cette petite pièce, y voyait pourtant, lui aussi, « une critique assez gaie de nos drames modernes et nommément du théâtre de M. Mercier... Une des meilleures scènes, sans doute, ajoute-t-il, est celle où le dramomane se fait lire des gazettes pour y trouver quelque événement bien noir, bien propre à faire briller son génie. » Corr. litt., xii, 100.

2. Ce vers avait été fort applaudi à la Cour. Desnoiresterres, te Chevalier Dorât. Paris, Perrin, 1887, p. 383.

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