‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 255 sur 521 · T. de P., XI · texte numérisé non relu

T. de P., XI

2. Il ne laissait pas, en effet, de s'être montré quelque peu ingrat. Citant des vers de lui, Mercier avait écrit qu'il méritait de devenir classique de son vivant. Journ. des Dames, juill. 1775, p. 105.

3. Lettre adressée par F. de Neufchàteau à Sautreau de Marsy, éditeur de VAlmanach des Muses. Journal de Paris, 30 janvier 1778.

4. Ann. Litl., 1776, vi, 72, 1777; vu, 209. Journ. de Pol. et de Litt., 15 décembre 1776, 551. Mercier avait retiré sa confiance à Rnault, celui-ci

SA VIK, SON ŒliVIU:, SON TEMPS :!99

public en joie, el aussitôt couraient de petits vers dans ce goût :

Uu jour, Ruault fit mettre en la aazelte Que pour dix sous, il vendait au public Le Brouetteur, le Juge, Childéric, Jean Flennuyer : un homme les achète.

En s'en allant, de son marché tout fier, 11 se disait : ma foi, ce n'est pas cher. Mais en chemin, ouvrant un exemplaire, Il parcourut un peu Jean Hennuyer, Puis brusquement, empochant son Mercier, Il s'écria : le fripon de libraire *.

Une réminiscence de cette anecdote hantait François de Neuchàteau quand il glissait dans le morceau cité plus haut ce vers :

Moi, je veux au rabais, vendre tous mes drames.

Mais, la honte le prenant, il croyait en faisant, comme on l'a vu, réparation à Mercier, devoir retrancher cette méchante plaisanterie : « Ce n'est pas à moi de me joindre à un libraire pour humilier un homme de lettres-. »

Au même ordre de platitudes appartenaient encore des brochures telles que celle-ci dont le titre, j'imagine, devait faire tout le succès : « La littérature renversée ou l'art de faire des pièces de théâtre sans paroles. Ouvrage utile aux poètes dramatiques de nos jours. Avec un traité des gestes contenant la manière de représenter des pièces de théâtre, à l'aide des bras et des jambes po ur la commodité des acteurs qui ont une mauvaise prononciation... Suivi de l'art de se louer soi-même d'après les principes de M. Lin(guet). Berne et Paris, 1775 ^ » L'auteur de cette heureuse trouvaille réussissait à faire coup double en atteignant, par la même occasion, Linguet, un autre fameux souffre-douleur des malins.

Parfois, à la vérité, il advenait que Mercier avait ses jours de revanche. Le plus beau fut celui où son principal persécuteur, le duc de Duras, fut reçu à l'Académie-Française. C'était le 15 mai 1775. Comme il succédait à de Belloy, on

ayant, dit-il, « bronché dans la carrière du commerce. » Pap. de M. Dtica. D'où la vengeance en question.

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