le rédigea d'octobre 1774 à juillet
2. De la sensibitité par l'appdrt aux drames, aux romans el à l'éducation. V. Mercure, juillet 1777, p. 100, et Journal français, 15 octobre 1777, p. 106.
3. Mercure, S juillet 1778, p. 46. Ou y relève des titres comme ceuxci : La vanité corrigée, La confiance mal placée, V Amour filial.
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mis dans ses intérêts, s'habiliie à ne pas le regarder comme l'un clos siens, le traite à peu près comme le fameux Persan de Montesquieu, mais un Persan provoquant, qui se targue trop de ses coutumes exotiques et les tourne en bravades. Ainsi, Mercier, passe à Pétat de personnage bizarre : l'opinion paie en ironie les dédains de cette conviction inflexible qui se raidit jusqu'au défi. Il commence par où Rousseau a lini et décline superbement toute accointance avec ceux qui détiennent les faveurs de la renommée. Nullement par maussaderie, taciturnité ou représailles d'une imagination ulcérée, — rien ne ressemblerait moins à cet enthousiasme intrépide, à cette exubérance cordiale et réjouie, — mais par répugnance à se tempérer et avidité de se répandre sans contrainte. Il a contre les grands et les riches d'ombrageuses préventions qui se traduisent en diatribes d'autant plus passionnées et injustes qu'il les prononce a priori sans se soucier de les vérifier. Suivant lui, ils offensent impunément et s'y complaisent, haïssent et méprisent génie et vertu. Leur air de bonté n'est qu'un piège. « Leurs bienfaits sont disposés de manière à inviter à l'ingratitude. Leur jargon brillant, leurs manières polies ne peuvent en imposer qu'aux sots. » Ce sont de petites âmes, vaines, étroites, et des cerveaux sans lumière. Après quoi, il conclut en quelques mots qui nuisent fort à la vérité du tableau : « Au reste, je le répète, je ne les connais point, je n'ai point été à portée de les étudier. La conformation de mon œil, qui voit les hommes nus, 6t l'habitude où je suis de les juger absolument dépouillés de leurs titres^ ne m'a fait jeter qu'un regard furtif sur leur personne, mais sage par l'expérience d'autrui, je n'ai point voulu acheter chèrement celle qui me manque*. » Il y a du Rousseau là-dedans, de celui des dernières années, le seul que Mercier connut et approcha et qui explique assez le vide que l'on fit autour de la morose vieillesse du philosophe. A la vérité, l'âge et le génie, qui ne désarmaient pas ses détracteurs, l'avaient du moins mis à l'abri du ridicule; et la haine elle-même ne badinait plus avec lui. Mais ce jeune téméraire, enivré de son sens propre, qui prétendait, sans alliés, avoir raison de l'opinion, et qui, l'ayant soulevée contre lui, n'en chantait
1. De la Litl. et des Litt., p. 49. De même dans le T. de P. : « J'ai peu vu les grands, mais je les ai entrevus. » iv, 252.
pas moins victoire, comment ne fût-il pas devenu le héros des épigrammes et le favori des persifleurs?
Il n'en avait cure, au reste, n'en concevait ni découragement, ni dépit. Sa foi était à l'épreuve des avanies, et son zèle, inaccessible à toute lassitude. Quelle prise des risé»^s profanes ont-elles sur un apôtre? Aux approches de la maturité, Mercier faisait plus, selon le mot de Schiller, que de respecter les rêves de sa jeunesse, il les tenait pour des vérités rayonnantes et impérativesque son âme fidèle refusait d'abjurer. Homme de lettres^, ayant charge des consciences obscures, humiliées et douloureuses, moins que jamais il séparait du sentiment de ce qu'il leur devait la conception de son office dans le monde. De la même plume qui avait tracé le juvénile discours Sur le bonheur des gens de lettres, il écrivit à trente-sept ans le livre De la Littérature et des Littérateurs. Nul refroidissement, nul scepticisme n'était survenu dans l'intervalle. Même orgueil de l'état qu'il a choisi même estime insigne pour ceux qui le remplissent selon son esprit. « Tout écrivain, proclame-t-il, est particulièrement lié à la justice d'une manière solennelle et avant toute autre obligation '. » Telle est sa charge et sa dignité. Dénoncer le mal qui se commet, défendre la cause des opprimés, éclairer l'opinion et provoquer des réformes, dans chaque homme combattre les penchants coupables, redresser l'énergie des vertus engourdies, exciter la passion de bien faire, les facultésd'amour et de commisération, voilà la tâche immense que Mercier lui prescrit, la tâche à laquelle tous ses vœux, quant à lui, l'enchaînent. Cela est de l'essence même de la plume, l'expérience historique l'atteste. Dans l'enfance de l'humanité, les belles-lettres sont de simples divertissements, elles précèdent les sciences et les découvertes de l'industrie, comme les fleurs précèdent les fruits. Mais quand les sociétés ont mûri, « insensiblement tous les genres d'écrire s'appliquent à la morale politique. C'est le grand intérêt de l'homme et des nations. » Dans le monde moderne, nous pouvons prendre cette grande vérité sur le fait. Il n'y a guère qu'à « considérer refî"ort des esprits depuis Philadelphie jusqu'à Venise. » Voilà trente ans écoulés, et « l'opinion philosophique a aujourd'hui en