Ibid., Il
En vieillissant, la postérité appliquera une meilleure police à tous ces vieux livres. Les studieux lecteurs de 2440 trouveront à la Bibliothèque royale les Tragiques grecs, même Homère, — on lui fait cette grâce — , et Platon, et Démostliène, et surtout Plutarque ; mais on aura brûlé Anacréon et le « vil Aristophane ». Virgile, Pline et Tite-Live subsisteront, mais non Catulle, ni Pétrone, ni le dangereux Lucrèce, instituteur d'athéisme. On n'aura plus que des lambeaux d'Ovide et d'Horace, et Tacite, « qui montre l'humanité en noir », serré en lieu sûr, ne sera plus mis aux mains du premier venu^
On voit à plein l'écueil de la m.éthode : la critique littéraire tend à se confondre tout entière avec la critique morale, ce qui est, d'ailleurs, une conséquence rigoureuse et avouée des idées de Mercier.
Mais en revanche, voici la contre-partie, les effets tout à fait légitimes et louables de son humeur insubordonnée : « La superstition littéraire, observe-t-il, assez semblable à une autre, admire sans choix et sans mesure ce que dans l'enfance on lui a dit d'amirer*. » Et il n'est point en peine d'en reprendre les excès. Ici, les termes les plus heureux lui viennent pour traduire la justesse de sa pensée : « On ne saurait trop combattre la manie de plusieurs hommes aveugles ou jaloux qui ont pris à tâche, dans tous les siècles, de louer prodigieusement les morts... pour contester aux vivants leurs succès, sans songer que ceux-ci deviendront anciens à leur tour. » Rien de plus faux que de tirer avantage contre les Modernes de certaines œuvres accomplies de FAntiquité auxquelles nous n'en pourrions point opposer d'analogues. Mercier a bientôt fait de répondre victorieusement : « Les mêmes talents ne peuvent précisément se reproduire, parce que, quand la nature forme une tête, elle lui donne une empreinte particulière, et le cachet alors est à jamais brisé ; mais il y a des équivalents. » Et, d'ailleurs, si nous disposions de procédés rigoureux pour mesurer le mérite respectif des ouvrages, nous trouverions, entre tel écrit célèbre et tel autre plus modeste, une égalité que nous ne soupçonnons pas. « Car les noms en imposent