Journal des Dames, août 1775, p
ment apprécié que dans cent ans... Je suis profondément indigné des criailleries imbéciles de ces injustes et misérables détracteurs qui outragent sa vieillesse avec une fureur indécente et lâche... Puisse-t-il être insensible à tant d'absurdités ténébreuses, en contemplant l'hommage pur de ceux qui, sans avoir sans cesse l'encensoir à la main, se plaisent à élever ses belles et durables productions, à respecter, à chérir leur auteur, à lui prouver surtout leur admiration en n'interrompant point le cours de ses travaux * ! »
C'est le débordement d'une émotion que rien n'arrête, ne contient ni ne tempère. C'est un hommage qui ressemble à une action de grâces. Voici pourtant un autre passage où le même Mercier s'acharne sans pitié sur « cet homme qui eut plus d'art pour usurper une grande réputation que de génie pour la mériter, cet homme qui aplus influé sur les cœurs, qu'il a corrompus que sur les esprits, qu'il se vantait d'éclairer^ » Mais ce jour-là Mercier pensait à la Pucelle, et la véhémence de son injustice n'était que l'efTet d'une indignation généreuse. Le sentiment religieux outragé ne s'exhalait pas non plus chez lui en accents moins amers quand il écrivait d'autre part : « Voltaire en voulait personnellement à Jésus. L'insensé 1 C'est que l'orgueil le domina toute sa vie, c'est qu'il croyait que ce nom, qui remplissait l'univers, était un obstacle ou un vol fait à sa réputation. D'ailleurs, comme il n'avait pas rougi de mettre à contribution le vice et la vertu dans ses écrits, afin de s'emparer de tous les lecteurs, la morale sublime de Jésus ne pouvait que l'inquiéter, mais son nom périra...' »
Ainsi selon l'aspect sous lequel ses yeux rencontrent cette multiple personne. Mercier, avec une égale bonne foi, passe du transport de l'enthousiasme à celui de l'invective, sans parvenir, dans ce tumulte de sentiments opposés, à triompher ni de l'attrait impérieux qui le sollicite vers Voltaire, ni de l'éloignement instinctif qui l'en repousse'. A force d'osciller, il en vient toutefois à trouver le juste point d'équilibre : reprenant, avec l'exact sentiment de ses dissidences, le courage des restrictions nécessaires, il garde