Ibid., 111, 301-309, passim, m
nombre de mots, souvent avec bonheur^ nous le verrons plus tard en étudiant sa Néologie, et beaucoup ont acquis leur droit de cité. En bonne foi, il aurait dû fort rabattre de ses griefs, si l'Académie ne lui avait donné le pire de tous : elle tenait, selon l'esprit de son institution, qu'une langue est un art et qu'un art a des règles; et c'est de quoi, lui, on ne TeiU jamais fait convenir.
Il demeure que l'empire de toutes ne saurait passer pour immuable. La littérature aussi a les siennes, on ne cesse de le lui répéter, mais, l'une après l'autre, il se met en devoir de les sci'uter et, souvent alors, il reprend l'avantage. Comme, selon lui, elle ne tire pas ses fins d'elle-même, il n'entend être dupe d'aucune des lois qu'elle se donne, il ne s'incline pas, de contiance, devant les articles de foi qu'elle promulgue; ni la qualité des ouvrages, ni la dignité des genres n'échappe à son investigation. Qu'on n'aille pas lui remontrer la prétendue prééminence du poème épique ! Il a sa réponse toute prête : un roman vaut bien un poème épique, à égalité de mérite '. Au fond, c'est la même chose par l'invention, la marche et le but. Quant à la vérité, l'intérêt, la signification morale, le roman est bien au-dessus; et, avec son hardi mépris du respect humain, Mercier déclare qu'il aime mieux Clarisse Harlowe que V Enéide, laquelle n'est qu'un mauvais roman, sans invention et sans plan, écrit envers superbes ^ Et Gil Blas ne vaut-il pas bien le Lutrin, ou Marianne, la Henrlade^'? Avec un peu de bonne foi et quelque courage de leur opinion, tous en conviendraient. « Si les lecteurs, une fois juges, savaient accorder un degré d'estime conforme au plaisir qu'ils ressentent^ les écrivains seraient bientôt classés, mais la foule va bêtement demander à des folliculaires en quel rang ils doivent mettre tel écrivain, s'ils ont eu vraiment du plaisir à telle lecture et si ce plaisir ne serait pas, par hasard, de contrebande^ ».
Toute exagération à part, puisqu'il est convenu que Mer-
1. « Que sont tous les poèmes épiques sinon des romaus versifiés? La plupart n'ont point le charme et l'intérêt qui régnent dans nos romans modernes ». Du moins la conclusion, cette fois, garde une juste mesure. « Rendons un culte raisonnable aux Anciens mais sans superstition et apprenons à connaître nos richesses. » Papiers de M. Duca.