‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 273 sur 521 · SÉBASTIEN MEHCIER · texte numérisé non relu

SÉBASTIEN MEHCIER

cier outre volontiers ses exemples pour se donner le plaisir de frapper plus fort, n'aperçoit-on pas dans ce dédain des classifications une vue de critique juste et féconde? Et n'at-il pas une claire intuition de l'avenir quand il relève fièrement le roman, genre si humble jusqu'alors, quand il le compare à l'histoire pour les lumières à recueillir sur les différents états de l'esprit et des mœurs, selon le siècle et la nation? N'est-ce pas déjà un signe des temps cette déclaration : « Je n'ai pas bonne opinion de tout auteur qui, dans sa jeunesse, n'a pas fait un roman * » ?

Pareillement, il repousse, comme étroite et arbitraire, la notion que la rhétorique classique prétend nous [donner de la poésie. « Les versificateurs français prendraient-ils obstinément leur langage particulier et conventionnel pour la poésie des nations'? » L'événement prouve assez qu'on peut versifier sans être poète, témoin l'abbé Delille, ^< qui fait des vers comme on fait des bas au métier' ». Le poète, déclaret-il par une éloquente citation d'Horace, c'est celui

Cui mens divinior aique os Magna sonaturum....

A ce titre, tel écrivain en prose est poète, J.-J. Rousseau l'est, à coup sûr, plus que Delille ou Saint-Lambert, et Mercier s'avise même de faire à Bossuet une réparation inattendue. « Notre poésie n'est qu'une prose différemment arrangée, elle n'est pas plus noble, plus harmonieuse, plus précise, plus cadencée que les beaux morceaux de Bossuet, de Raynal, de Buffon, de Rousseau^. » Il existe aussi un curieux passage du livre du Tlicâtre où la fausse influence du temps lui fait toutefois déparer une idée juste par une comparaison malheureuse. « Rousseau, dans son Héloïse, est poète comme Voltaire ». C'est « bien plus poète que Voltaire » qu'il devait dire en suivant la pente de son sentiment. Il ajoute avec plus de justesse : « Buffon a autant de majesté dans sa prose que Corneille dans ses vers... Pascal a un nerf qu'on chercherait en vain chez plusieurs poètes^. » Cette idée, d'ailleurs, lui est familière et h^ sert bien : « Si

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