‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 276 sur 521 · De la Litt. et des LUI., p · texte numérisé non relu

De la Litt. et des LUI., p

5. Un de ses premiers essais poétiques est, qu'on veuille bien s'en souvenir, une imitation de ce poète : Larmes de Milton sur la perte de sa vue. Ce morceau ligure dans le recueil des Héroides où l'on en trouve un autre encore emprunté à l'Angleterre : Thoris et Clarice.

caractères grands et variés, le pathétique des situations, la profondeur des détails, la vérité, le but moral, la liaison de toutes les parties, tout prouve que la tête de Richardson était bien supérieure à celle de Virgile'. » Et, entre tant de raisons qu'il a d'aimer Prévost, la meilleure est encore la traduction que le romancier a donnée à la France de ce chef-d'œuvre. Mercier vit dans une liaison particulière avec Letourneur, le traducteur d'Young et de Shakespeare; il est des plus enflammés pour ces Nuits dont tout Paris se fait une volupté de pleurer. « Je n'ai, dit-il, jamais rien lu de si original, de si neuf, même de si intéressant... On voit ailleurs des preuves plus méthodiques de l'immortalité de l'àme, mais nulle part le sentiment n'en est trappe comme ici. Le poète bat le cœur, le soumet, le met hors d'état de raisonner contre. Telle est donc la magie de l'expression et la force de l'éloquence qui laisse l'aiguillon dans l'âme ^ »

Ces rêveries trempées de larmes, si neuves alors, avaient obtenu le plus incroyable succès : en quatre mois, la première édition était enlevée '. Petits-maitres et petites-maitresses s'en délectaient, « et ce n'est pas, observe Diderot, sans un mérite rare qu'on fait lire des jérémiades à un peuple frivole et gai* ». Grimm, tout Germain qu'il fût et ouvert, du reste, à bien des idées nouvelles, n'aimait pas cette mélancolie ténébreuse, mais ses critiques elles-mêmes n'en sont pas moins bonnes à recueillir comme indice du genre d'attrait exercé par le lyrique anglais. Le reproche qu'il adresse à cette longue plainte, « c'est le vague dans lequel elle fait nager son lecteur. On remarque dans Young et ses pareils plutôt une tête échauffée, une imagination exaltée, effarouchée qu'un cœur profondément affecté, on ne sait proprement de quoi il se plaint, quels sont ses malheurs, on ne connaît pas les objets de sa douleur, quoiqu'il vous y ramène sans cesse. Il y a dans tout cela trop de cloches, trop de tombeaux, trop de chants et de cris funèbres, trop de fantômes * ! »

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