Corr. litt., xi
2. Cité par P. Lacroix, Bibliographie de Restif de la Bi'etonne, Paris, Fontaine, 1815, p. 128.
ment, si durement exprimées que l'œil s'en épouvante '. » Bien qu'on lût le Paysan Perverti et qu'on en parlât, il s'en fallait néanmoins que les critiques de profession atteignissent au degré d'enthousiasme de Mercier. Lui tint bon, et. revenant quelques années après, dans un chapitre du Tableau de Paris, sur cet audacieux ouvrage et son auteur, il redoubla d'éloges pour « ces compositions vastes, morales et attachantes qui caractérisent les ouvrages de l'abbé Prévost et de son heureux rival, M. Restif de la Bretonne ». « Le silence absolu des littérateurs* sur ce roman plein de vie et d'expression et dont si peu d'entre eux sont capables d'avoir conçu le plan et formé l'exécution, a bien droit de nous étonner et nous engage à déposer ici nos plaintes sur l'injustice ou l'insensibilité de la plupart des gens de lettres, qui n'admirent que de petites beautés froides et conventionnelles et ne savent plus reconnaître ou avouer les traits les plus frappants et les plus vigoureux d'une imagination forte et pittoresque \ »
On verra plus loin comment les témoignages non équivoques d'un zèle si ardent amenèrent entre les deux hommes une liaison dont nous aurons lieu de nous occuper. Pas plus en action qu'en parole. Mercier ne devait démentir ses principes.
Un ouvrage comme le Paysan Perverti devait le flatter pour beaucoup de raisons. D'abord il confirmait ses idées sur le roman, sur le mérite et l'intérêt dont ce genre est susceptible; puis il répondait à ses théories morales. Quoi que l'on puisse penser du profit à retirer de ce récit, il était bien un exemple de ce que notre philosophe regardait, en littérature, comme utile aux mœurs. On n'y badinait pas avec les principes. La vertu y était peinte justement comme il l'entendait, une sensibilité toute chaude, toute vibrante, et prise à sa vraie source, la simplicité de la vie champêtre. On la voyait égarée, corrompue par les mauvaises compagnies, les conseils et les pratiques de l'athéisme et du libertinage: spectacle fait pour inspirer