Papiers de M. Duca
2. « L'abbé Raynal, ajoute encore Mercier, prêchait dans ma jeunesse. Les grandeurs de Jésus-Ckrisl et son nom étaient en toutes lettres dans ces pieuses affiches que surmontent ces mots : Aux âmes dévoles. Puis ce nom longtemps affiché aux portes des églises se trouva tout-à-coup à la tête de V Histoire philosophique des deux Indes, livre où il abdique radicalement la prêtrise. » Ibid.
3. « Ou n'avait rien dit à son livre, tant qu'il n'y avait pas mis son nom; il fut persécuté dès qu'il l'eut avoué. Réquisitoire, maudemeut et tout vint fondre sur lui à la fois. » Ibid.
l'abbé Raynal et son livre». » Tout semblait annoncer des poursuites. Point de signature, mais le public nomma d'une commune voix M. Mercier, le dramaturge, et ce dernier, d'ailleurs, mit quelque fierté à se déclarer. Le livre avait été imprimé à l'étranger par un éditeur de Neuchàtel qui, se trouvant à Paris, fut arrêté et sommé de dénoncer le coupable, à quoi il se refusa. Mercier alors se présenta de lui-même au lieutenant de police Lenoir et, tirant de sa poche un exemplaire du Tableau : « Monsieur, lui dit-il, j'ai appris que vous cherchiez l'auleur de cet ouvrage : voici en même temps le livre et l'auteur ^ » 11 se trouva, par bonheur, qu'on ne lui en voulait point sérieusement, car le libraire fut élargi et l'affaire en resta là.
Faut-il croire, comme le prétend Métra, que Mercier le dut aux bons offices de Lenoir qui, touché du procédé, se serait entremis avec succès auprès de Maurepas^? Ou bien est il vrai, comme Mercier l'affirme, que le lieutenant de police, servant le ressentiment d'un commis qui avait mal pris certain chapitre du Tableau sur les gens de son état, ait, tout en lui prodiguant des paroles caressantes, sollicité contre lui une lettre de cachet*, et que, par conséquent, il ne fut pour rien dans l'heureuse issue de l'aventure? Toujours est-il que, malgré l'ombrage que certains endroits auraient pu donner, le 'Tableau de Paris courut à volonté dans le monde, y fit une fortune éclatante et se répandit en grande abondance, sans plus rencontrer de contrariété». Meister va jusqu'à expliquer l'arrestation de l'éditeur en disant qu'on le soupçonnait surtout d'avoir contribué à l'introduction clandestine du livre de Raynal; philosophiquement, il conclut de l'exemple de Mercier qu'il faut, même pour être arrêté, obtenir l'aide des circonstances et que le destin des livres n'a pas moins de caprice que celui des hommes*.
Mercier, cependant, en défiance de Lenoir, et averti, d'ailleurs, par le souvenir peu gracieux de ses relations an