‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 29 sur 521 · s. phiL · texte numérisé non relu

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cœurs do ses frères les sentiments de douceur et de tendresse dont lui-même est affecté^ », et soudain une poignante angoisse étreint l'Ame de Mercier : il vient do se rappeler la terre déchirée de discorde. Mais la défaillance ne dure pas : la terre, telle qu'elle est, ne saurait déparer l'œuvro de l'Eternel, et les êtres privilégiés ({ui habitent ce nouvel Eden servent par comparaison à relever notre race débile et souillée, car ils ont de moins qu'elle le mérite de l'effort. Reste aux philosophes à diriger, à soutenir cet effort. Les Songes se terminent par un nouveau panégyrique en leur honneur.

Ce dernier morceau est fort curieux. On y voit Mercier distribuer les rangs et répartir les palmes entre les esprits audacieux qui, aux différents âges, ont le mieux mérité de la philosophie. D'abord il fléchit le genou devant les plus vénérables de nos aïeux, ceux qui révélèrent à l'homme enfant l'usage auguste de la pensée, Socrate, qui, né parmi des constructeurs de physiques enfantines, explora, le premier, l'univers moral, celui de notre cœur, et en promulgua les lois; Platon, qui, s'élevant jusqu'au trône du Créateur, contempla en son principe sacré l'éternelle Beauté dont chaque créature porte le retlet. Mais il détourne les yeux de leur successeur, Aristote, l'assembleur premier des ténèbres que l'odieuse scolastique a, sur une si longue suite de siècles, constamment épaissies. Tandis qu'on la cherchait à tAtons, elle n'avait pourtantpoint cessé de sourdre, l'onde salutaiie de la vraie philosophie. Descartes en retrouva le lit et s'y abreuva, sans assez de ménagement toutefois : il y a, dans l'abus qu'il fit de sa fameuse méthode, un délire que plus de sobriété lui aurait épargné. Newton, plus prudent, découvre les lois qui régissent le cours des mondes. Il semble dire aux cieux : « Tout ce qui est dans le domaine de l'homme appartient à son intelligence. » Bacon trace la généalogie des connaissances humaines. Locke limite à dessein l'audace de ses recherches, mais la route où il a passé est désormais sans secrets. Au contraire, Leibniz, entraîné par le vol du plus puissant génie, mérite le reproche d'avoir égaré sur ses traces trop de téméraires qui n'avaient pas ses ailes, A la rencontre, un visage attriste

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