B. de N., II
connaissent point l'inspiration poétique ; l'enthousiasme ne les a jamais pénétrés de ses flammes... Soit rindifïerence qui naît de l'habitude, soit l'esprit contentieux qui les dirige, ils ne s'émeuvent pas devant les objets les plus frappants, ils ne senfent pas le besoin d'admirer et de peindre, ils ressemblent à l'époux d'une belle femme que tout le monde admire et qui jouit de ses charmes paisiblement et sans éprouver aucun transport*. »
En somme, les indigènes le déçurent. Il avait rêvé de petites sociétés à l'antique, empreintes de je ne sais quelle noblesse d'allégorie patriarcale et rustique. Hélas ! les préjugés des grands États y avaient pénétré, les classes vivaient séparées. « Ils se disent égaux, et il n'y a pas le moindre point de contact entre deux hommes de la même naissance, voisins et habitants d'une petite ville de quatre mille âmes ; cette séparation, qui semblerait ne devoir appartenir qu'au luxe des grandes villes, annonce une grande décadence dans les sentiments républicains'. » A Neuchâtel comme à Paris, ô scandale I on se marie pour de l'argent; on s'enferme dans de petites chambres pour jouer aux cartes, au lieu de contempler la splendeur des nuits d'été; les femmes mettent du rouge et se composent des coiffures compliquées, sans égard aux harmonies que réclament « la verdure des pins et les teintes rougeâtres du lit creusé par les torrents. » Autant rencontrer « un arlequin près du cratère d'un volcan '. » Il n'est pas jusqu'à l'hospitalité montagnarde qui ne lui paraisse surfaite. Au siècle précédent, le fameux voyageur Tavernier, pour se délasser de ses fatigues de l'Orient et se rafraîchir du spectacle du despotisme, a bien pu fixer sa demeure sur le lac de Genève. Mais que les temps ont changé ! « Je ne conseille plus à tout voyageur qui veut se reposer de ses longues fatigues, de chercher les douceurs de la vie en Suisseplutôt qu'ailleurs*. »
En revanche, les beautés du pays le remplissent d'une ivresse dont il nous a laissé de nombreux témoignages singulièrement significatifs. C'est dans ce temps, ne l'oublions pas, que l'Europe faisait la découverte des montagnes de
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