Ibid., Il
la Savoie et qu'un pied humain foulait pour la première fois le sommet du Mont-Blanc', c'est dans ce temps que l'imagination, tirée enfin d'une si longue léthargie, se prenait d'enthousiasme pour la nature. On a, des mêmes années, les exquises lettres que le ciel et la végétation de la Provence inspiraient à un ami de Mercier justement, à Thomas dont la santé ruinée cherchait dans le midi un vain remède. Mercier a connu les mêmes enchantements et il nous les rend avec une émotion, une éloquence singulière. De sa maison située sur la pente du Jura, en dehors de Neuchâtel dont les agrandissements l'ont aujourd'hui absorbée', les fenêtres découvrent le plus merveilleux horizon. « Je les vois, ces monts d'inégale structure, ces dépôts éternels des neiges et des frimas, ces rochers que l'œil voit croître et monter jusqu'aux cieux, d'où tombent les torrents, d'où sortent les fleuves qui vont se perdre dans les deux mers; je les vois, ces monts antiques, témoins des premiers jours du monde.. . C'est pour moi que le soleil, en se levant, dore ces hautes montagnes ; c'est 'pour moi quà son coucher elles sont illuminées d'un feu rouge et vif. J'embrasse ce superbe horizon et, si ma vie est casanière, mon œil court au loin dans cet espace étendu. » Au premier plan, la magnifique et mouvante étendue du lac est la vie du paysage. « Ses vagues écumeuses et bondissantes qui retentissent huit mois de l'année animent cette riche perspective, rendent la nuit plus auguste et bercent mon premier sommeil. Ce lac retentissant forme pour l'oreille un accord qui répond au plaisir de la vue. Qu'il est encore beau lorsque sa surface tranqyille réfléchit la lumière brillante de la lune ! Tous ses rayons y descendent. Ah ! que le silence profond d'une belle nuit d'été a de charme sur ses bords' ! » Depuis lors, nous en avons certes vu bien d'autres, en
1. La première asceDsion, celle de Jacques Balmat et diiD' Paccard, est de 1186. Le sentiment de la nature revenait de loin. Un siècle auparavant, un religieux, bénédictin, Dom Michel Germain, passant de France eu Italie, résumait son impression sur les Alpes en ces termes concis : « La Savoie est horrible par ses montagnes. » E. de Broglie, Mabillon et la Société de Saint-Gei-main-déa-Prés. Paris, Pion, 1888, i, 352.
2. Après son départ, on visita, parait-il, sa chambre comme une curiosité. A. Bacheiin, Messager boiteux de Neuctidtel, 1885. Obligeamment communiqué par M. Philippe Godet.