Ihid., IV
des eaux, leur bruissement, ce cours égal, intarissable et majeslueux vous retient dans une espèce d'extase; bientôt vous vous plaisez à considérer ce torrent fougueux, à suivre sa chute retentissante dans les goufl'res profonds où il se précipite; vous vous perdez pour ainsi dire avec lui et votre effroi est mêlé d'un certain plaisir. Ainsi, quand l'imagination s'enfonce dans la succession rapide des années et des siècles, qu'elle suit leur marche et leur disparition, lorsqu'elle considère ces milliers d'hommes qui sont tombés et qui tombent, cette multitude de faits écoulés, ces trônes ensevelis dont il reste à peine la mémoire, l'âme éprouve un certain frémissement, on revient malgré soi à cette contemplation et la réflexion court se perdre avec les heures
dans l'abîme des choses éternelles*. »
N'est-ce point déjà le thème tout esquissé d'une Mrditationl Le trait final surtout n'en accuse-t-il pas la ressemblance? En vérité, n'y a-t-il pas identité d'inspiration et d'accent? Les mêmes rapprochements s'imposent avec force au lecteur dans tel autre morceau où Mercier, doublement malade d'une grave déception morale" et d'un mal qui met ses jours en danger, prend cette nature familière à témoin de sa mélancolie mortelle. « Comme tout est solitaire autour de moi! L'heure est donc venue; oui, je crois entendre l'ange de la destruction qui m'appelle au lieu où tant de mortels sont descendus; tous ont respiré, ils ne sont plus... Je lis sur tous les fronts la pitié, mais froide et passagère; tous les regards disent : il va mourir. En vain, j'appelle à mon secours la voix consolante de l'amitié, rien ne me répond. L'amitié, oui l'amitié elle-même, est lasse de mes
plaintes, la vue de mes maux lui devient importune J'irai
au travers des rochers masseoir sur le sommet inhabité des monts où plane l'aigle, j'entendrai à mes côtés le bruit sourd du torrent destructeur qui va ravager la plaine : j'aime cette nature triste et sauvage. Accourez, tempêtes, mugissez a travers ces arbres dépouillés ; l'orage qui est dans mon sein est plus terrible que celui qui couche et déracine les arbres