‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 296 sur 521 · fi. de N., IV · texte numérisé non relu

fi. de N., IV

2. Il s'agit de la trahison d'un ami. Je n'ai pu en savoir davantage. Dans un des fragments manuscrits qui figurent parmi les papiers de M. Duca, Mercier dit qu'au commencement de 1783,11 vivait à Neuchàtel en compagnie d'un ami avec lequel il était lié par l'amour des lettres et de la cbimie. C'est apparemment celui dont lui vint ce chagrin.

sur le penchant des montagnes. Le nuage de la mort s'avance ; j'entends une voix funèbre qui me crie : tu dois mourir! Que les ténèbres s'amoncellent autour de moi et que je n'aperçoive plus au feu rougeâtre des éclairs que la

tombe où l'homme dort Adieu, horizon lointain ! hautes

montagnes! vertes collines! je vous regarde encore, vous subsisterez, et moi, je vais tomber : non, je n'aurai pas le temps de revoir ma patrie. Les voilà! ces astres paisibles que nos pères ont vus, quand nous étions encore dans le néant, et que verront les générations futures, quand il n'existera plus rien de nous^ » N'avait-il pas raison de dire que la vraie poésie du siècle était en prose, ce contemporain de Saint-Lambert qui trouvait dans son âme, avant l'heure, une si tragique paraphrase du :

Vous que le temps épargne et qu'il peut rajeunir...?

Livré à ces visions de mort, un certain jour qu'il crut l'avant-dernier de sa vie, il prit un chemin qui lui était bien connu, celui d'un ancien monastère gothique en ruines qui dominait un des sommets voisins deNeuchâtel, l'abbaye de Fontaine- André, et, seul, dans la silencieuse enceinte des ogives écroulées, il goûta jusqu'au fond du calice l'ivresse de l'agonie. Il rêvait de reposer à l'ombre des arceaux rompus où il avait caressé l'illusion, si la fortune venait, d'établir sa demeure. Il est loin du goût néo-grec et des portiques classiques, il est bien des nôtres par le sentiment, celui qui s'abandonne d'un tel penchant à la séduction des choses mortes. «Je respecterai, avait-il écrit en composant son poétique rêve de retraite, je respecterai ces débris éloquents, je conserverai ces chapiteaux rongés, ces figures d'archanges sans ailes qui attestent de grandes époques de l'histoire moderne. » Et son regard s'arrête, en de pénétrantes intuitions, « sur le monastère détruit, sur le clocher qui penche, sur les inscriptions latines que personne ne lit », sur « les fraises que l'on cueille où fut le cimetière », et « les pierres sépulcrales qu'on a brisées pour paver la salle du fermier», et « le reste du confessionnal qui sert de banc près d'une auge^ » Il a prêté l'oreille à tant de mystérieux murmures auxquels les siècles étaient demeurés

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