‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 297 sur 521 · Itiid., IV, 97-98 passim · texte numérisé non relu

Itiid., IV, 97-98 passim

sourds et il s'est uni en pensée à l'àme qu'ils lui révélaient. Graïul honneur de s'être trouvé des premiers présent à cette initiation solennelle et de s'en être senti digne!

C'est la nouvelle de cette crise, sans doute, qui fit répandre dans le monde des lettres le bruit que Mercier était mort en Suisse, dans les bras de l'abbé Haynal', et il y avait de quoi chatouiller la malice des curieux dans cette idée d'un viatique philosophique administré de main de prêtre. Mais Mercier ne mourut pas, et on le connaît assez, au surplus, pour juger que, vivant, il ne se nourrissait point seulement d'élégies. Sonore aux nobles échos, son âme l'était par un heureux effet de sa conformation naturelle, et non par la loi d'une débilité plaintive. Il n'avait, de luimême, ni ne se donnait des airs intéressants. C'est assez dire que les religieuses émotions de la nature ne tournaient point chez lui à l'obsession maladive ni à la langueur chronique. Elles avaient leurs heures et ne rompaient point l'équilibre de saines et vertes facultés. En face^ de son radieux paysage, Mercier se livrait avec passion à l'étude de la chimie. Il savait aussi trouver le temps de courir les routes, s'arrêtant à l'aventure dans des tavernes où les francs buveurs du pays dépensaient sur les merveilles de Versailles autant de hâblerie que s'ils fussent nés Gascons ^ 11 allait à Zurich voir le célèbre Lavater et, du premier coup d'œil, le pieux et enthousiaste pasteur trouvaille chemin d'un cœur qui avait plus d'une ressemblance avec le sien. Si je ne savais que Fénelon a été un saint évêque, disait Mercier de Lavater, je croirais trouver en lui son fils. Naturellement, il s'en revint épris de physiognomonie*. Un tel système n'é-

1 « Oq inséra dans le temps, écrivait-il plus tard, une assez boune plaisanterie dans le Courrier de l'Europe; elle me faisait mourir a Neuchàtel, eu Suisse, entre les bras de l'abbé Raynal, lequel me confessait et me donnait l'absolution; mais il faut savoir que l'abbé Raynal ne donne rien en particulier ... Papiers de M. Duca. Mercier démentit la nouvelle de sa mort par une lettre, déjà citée, au Journal de Paris, numéro du 20 mai 1784.

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