‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 301 sur 521 · Ibid.., XI · texte numérisé non relu

Ibid.., XI

3. « Je ne connais pas de livre plus nouveau, plus moral, plus instructif, plus intéressant, plus curieux à faire, eu tous sens, qu'un livre sur Paris. » Ceci est tiré du Nouvel Essai sur l'Art dramatique (p. 181) qui parut en 1773. Évidemment, il n'avait pas tardé à se mettre à l'œuvre.

de ses facultés dominantes, de la loi même de ses curiosités, qui nous fournira fil conducteur et moyens de repère.

Le Tableau est une suite du même dessein qui avait inspiré les oeuvres d'imagination de Mercier : écrire pour le bien de ses semblables sur des choses qui leur soient directement utiles. Comme au théâtre il s'efforçait de gagner les cœurs à la vertu, il espère ici, en décrivant les maux d'une vaste société', « déterminer la généreuse compassion de quelques âmes actives et sublimes » et procurer à ceux qui souffrent un peu d'adoucissement. Je n'ai, proclame-t-il solennellement, jamais écrit une ligne que dans cette douce persuasion^, et si elle m'abandonnait, je n'écrirais plus'. » Voilà le point de départ. Dès lors, à chaque abus qu'il rencontrera — et ce sera fréquent — , non seulement il ne se tiendra pas d'indignation, mais nous le connaissons assez pour prévoir que les moindres, pas plus que les grands, n'échapperont à sa vigilance généreuse; enfin et surtout, pour flétrir les uns et les autres, il se gardera des expressions mesurées, des réticences ironiques, des critiques détournées, de tout ce qui sent l'inertie ou même la demi-connivence des âmes tièdes. De la sienne nous savons quelle est la bouillante température : c'est à quoi il faudra mesurer la chaleur de ses accents et la véhémence de ses colères ; et c'est assez dire qu'il ne s'interdira, à cet égard, ni la répétition infatigable des mêmes griefs, ni le ton déclamatoire qui les rehausse, ni ce que l'une et l'autre comportent de monotonie. De là, sans doute, un usage indiscret des « capucinades philosophiques » ; de là, bien des tirades et des digressions que nous sommes tentés de trouver intempestives. Mais de là aussi cette passion continue qui anime toutes les parties du livre, soutient l'énorme enquête de l'auteur, le conduit aux examens minutieux ainsi qu'aux observations pénétrantes, et gagne le cœur du lecteur par son intelligente sincérité et la fécondité de son zèle.

Dès le principe, par une première et directe conséquence, l'impatience de l'infirmité sociale engage Mercier dans une

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