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l'enthousiasme de Mercier s'élève au dithyrambe pour acclamer une époque si fertile en grandes choses. De sa fenêtre, à Neuchâtel, il assiste le 24 janvier 4784 à l'ascension d'un ballon lancé en l'honneur du jour de naissance de Sa Majesté Prussienne. Une sainte ivresse le prend à l'aspect du prodige, de si récente révélation; lise dilate le cœur à rappeler dans une rapide revue tant de mystères surpris à la nature, en cette fin de siècle, par l'effort de l'homme, et les premières lois de la physiologie dévoilées, et les merveilles naissantes de l'électricité, et les hardis essais de décomposition des corps qui signalent l'éveil de la chimie. Aussi la plume tremble-t-elle entre ses doigts frémissants quand il écrit : « Siècle d'Auguste, siècle des Médicis, siècle de I.ouis XIV, si vantés pour des peintres, des sculpteurs, des orateurs, des architectes et des poètes, vous pourriez fort bien disparaître devant un siècle déjà marqué par tant d'époques mémorables ! Le génie impatient de mes contemporains, réclamant son libre essor, demande à se déployer, il veut modifier l'univers * !» De grandioses visions d'avenir sollicitent son âme enivrée : fier d'être de ces jours, de ce règne dont vont dater désormais les, hommes volants, il ne se console néanmoins pas de se voir captif du présent, exclu des spectacles futurs. Un mot de philosophe ancien vlui passe par l'esprit. Sénèque a dit que l'on serait fou si Ton souhaitait de venir au monde mille ans plus tard. « J'avoue, déclare-t-il, que je suis fou de cette manière. Je voudrais que l'instant de ma naissance eût été marqué dans cinq ou six cents ans, parce qu'il y a à présumer que les arts consolateurs iront en se perfectionnant *. »
Pareillement, du même cœur et de la même foi, il aime la terre natale. La France, proclame-t-il avec orgueil, c'est « celle de toutes les nations de l'Europe qu'avec ces deux seuls moyens, l'honneur et la confiance, il est si facile d'élever à tous les genres de prodiges '. » Ce n'est pas à dire qu'il ne lui réserve d'impitoyables remontrances, mais les mœurs y tempèrent et balancent si heui'eusement les lois! Il n'imagine pas de pays où il fasse meilleur vivre pour des gens de mœurs douces et d'esprit cultivé, car il n'y a