‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 307 sur 521 · B. de N., i · texte numérisé non relu

B. de N., i

rien « de si libre qu'un pays soumis à une monarchie éclairée, surtout quand le monarque a 26 millions de sujets... Ailleurs, le gouvernement est peut-être meilleur en théorie, mais les hommes gâtent le gouvernement*. » Que Mercier, après cela, trouve trop à blâmer sur son chemin, qu'il ait de fréquentes occasions de citer l'exemple des Anglais dont nous savons assez quelle estime il fait, que l'amour-propre national doive en être parfois mortifié, nul ne saurait se méprendre sur sa véritable pensée touchant la France. Il s'en explique dans de belles paroles de tendresse patriotique : « Les injures qu'on lui dit sont de vrais reproches d'amants qui voudraient la voir aussi belle, aussi florissante qu'elle pourrait l'être". » On le sent pris par l'esprit et par le cœur quand il explique pourquoi il aime tant Paris; de fait, il est impossible d'être Parisien avec plus de délices et, à travers les générations écoulées, le sentiment qui l'anime vient encore faire vibrer nos fibres intimes, à nous autres Parisiens d'aujourd'hui. Ecoutonsle : « Naître à Paris, c'est être deux fois Français, car on y reçoit, en naissant, une fleur d'urbanité qui n'est point ailleurs^. » Quand un étranger y arrive, « ce qui le frappe d'abord, c'est celte douceur universelle, cette aménité ouverte qui règne dans toutes les sociétés. On trouve, dans tout ce qui n'est pas peuple, une foule d'idées raisonnables et de sentiments justes des choses; ailleurs, ces idées sont dans les livres et ne sont pas dans les tètes. La morale qui convient à la société, et à une grande société, a été plus cultivée dans la capitale que partout ailleurs. C'est à Paris qu'on sent ce que l'homme, vivant avec ses semblables, doit à ses semblables. » Et ce trait final qui dit tout, ce vers de de Belloy qui vient à propos sous la plume :

Plus je vis l'étranger, plus j'aimai ma patrie * !

Des raisons d'aimer Paris, Mercier en a d'inépuisables, il en a de natales, si j'ose ainsi dire, et de naturelles, il en a d'électives et de professionnelles, car c'est la vraie patrie de l'homme de lettres. D'abord les instruments et les occa-

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