‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 313 sur 521 · XI · texte numérisé non relu

XI

ces menues bonnes fortunes qui sont refusées aux myopes. Quand il cheminait de son pas alerte, l'œil en chasse, toute sa ronde et bonne physionomie respirant la sympathie attentive, l'adresse et la promptitude à percevoir, les objets accouraient se réfléchir en lui, et il n'en était point d'insignifiant pour cet œil qui saisissait^ sans presque y prendre garde, la signification du moindre. Rien, avec cela, chez lui, qui sentît l'effort ou l'application d'un dresseur de catalogue. La plus brève rencontre, le choc le plus furtif portait coup, et, toute fraîche au retour, l'impression du jour était jetée sur le papier.

Jamais non plus la morale à tirer ne se faisait attendre : chez Mercier, le cœur, pas plus que l'œil, n'est jamais distrait. Il n'y a qu'à feuilleter, au hasard, à travers les pages du Tableau pour tomber sur de vivants croquis relevés de sentiment, et le difficile n'est que de borner les citations. Le voici, par exemple, qui frôle au passage une bande de petits ramoneurs « le visage barbouillé de suie, les dents blanches, l'air naïf et gai ; leur cri est long, plaintif et lugubre. » Mercier les suit de|son bon regard et le voilà qui s'attendrit. Quelle image de misère, de faiblesse lourdement pressurée s'offre à lui : « 11 est bien cruel de voir un pauvre enfant de huit ans, les yeux bandés et la tête couverte d'un sac, monter des genoux et du dos dans une cheminée étroite et haute de cinquante pieds, ne pouvoir respirer qu'au sommet..., redescendre comme il est monté, au risque de se rompre le cou, pour peu que la vétusté du plâtre forme un vide sous son frêle point d'appui, et la bouche remplie de suie, étouffant presque, les paupières chargées, vous demander cinq sous pour prix de son danger et de ses peines'. » Mais ils sont loin déjà, et Mercier, qui avait l'œil humide^ ne peut tout à coup s'empêcher de sourire à l'aspect de l'ânon de la bouquetière qui porte « mieux que des reliques des paniers remplis de fleurs. » Ce n'est pas qu'ici encore certains contrastes ne surgissent avec une pointe de tristesse, mais, du moins, on se plaît à le voir si pimpant, cet innocent. « Le gentil animal passe auprès du cheval pressé par le fouet et mordant son frein, il devance la pauvre haridelle écorchée et défigurée qui traîne le fiacre,

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