‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 317 sur 521 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

un coup d'oeil à ce glapissant marché à la volaille, à ce quai de la Vallée où des hommes gagnent leur vie en exerçant la singulière profession de gavcurs de pigeons*, et il va s'engager sur ce pont fameux dont la hruyante et pittoresque population lui réjouit tant le regard. Lh, bien longtemps avait tenu ses séances, « le gros Thomas, le coryphée des opérateurs », et Mercier devait s'être attardé en de longues stations devant son estrade, si nous en jugeons par ce portrait tracé avec amour : « 11 était reconnaissable de loin par sa taille gigantesque et l'ampleur de ses habits; monté sur un char d'acier, sa tête élevée et coiffée d'un panache éclatant figurait avec la tête royale d'Henri IV; sa voix mâle se faisait entendre aux deux extrémités du pont, aux deux bords de la Seine. La confiance publique l'environnait et la rage de dents semblait venir expirer à ses pieds. La foule empressée de ses admirateurs, comme un torrent qui toujours s'écoule et reste toujours égal, ne pouvait se lasser de le contempler ; des mains sans cesse élevées imploraient ses remèdes, et l'on voyait fuir le long des trottoirs les médecins consternés et jaloux de ses succès. » Enfin, pour achever le dernier trait de l'éloge de ce grand homme, « il est mort sans avoir reconnu la Faculté '. » Qu'ajouter à une telle apothéose? Ces mirifiques boniments hantaient sans doute Mercier quand il composa, sous le titre de le Charlatan ou le Docteur Sacroton, une comédie parade fort gaie qui parut en 1780 et dont V Année littéraire célébra impartialement les mérites, car l'ouvrage était anonyme : « Si la curiosité, dit la feuille de Fréron fils, vous a quelquefois fait arrêter devant ces empiriques de place, vous devez reconnaître ici leur langage. Il faut que l'auteur en ait fait une étude particulière pour avoir su retracer avec tant de fidélité leurs tournures, leurs expressions, leurs coups d'éloquence ^ »

De fait, le discours du pauvre Cosaque méritait de passer à la postérité et c'est, en son genre, un document qu'il aurait été dommage de perdre. Qu'on juge de l'ébaudissement du bon populaire et de la joie des curieux devant cette avalanche d'éloquence : « Voyez, messieurs, le corps de ce pauvre Cosaque mort il y a dix ans , à Prague ,

2. Le Charlafan ou le D' Sacroton, se. XIII. T. de P., i, 152, liiS.

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