‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 318 sur 521 · Ann.Litt., 1780, v · texte numérisé non relu

Ann.Litt., 1780, v

dans les guerres de Hongrie. Approchez, messieurs et mesdames, et tâtez : voilà son nez, sa bouche, ses cheveux, ses ongles, ses pieds, ses mains parfaitement conservés ; mais voyez comme il est sec et maigre, voyez comme il est plat, et pourquoi? Je vais vous le dire : c'est qu'on en a tiré tout le suc et toute la substance pour en composer le baume subtil et merveilleux qui doit régénérer tous ceux qui s'en serviront et que je vais avoir l'honneur de vous présenter. Le voilà, messieurs et mesdames, ce baume unique qui n'est plus fait avec les drogues des apothicaires, avec les végétaux alcalins, les minéraux corrosifs, éléments étrangers à notre nature ; celui-ci est composé de parties analogues, similaires, assimilées, des véritables molécules organiques nouvellement échappées de leurs moules primitifs, car il est entièrement composé de la substance raréGée, subtilisée, analysée du corps de ce pauvre Cosaque mort, il y a dix ans, dans les guerres de Prague, en Hongrie. Quelles que soient les maladies, ce baume restaurant, vivifiant s'insinue doucement dans les veines lactées et, dans un instant, rallume le feu vital qui fait la vie. 11 est inconcertable de quels prodiges nombreux et surnaturels ce baume est l'auteur : c'est par une grâce spéciale que le secret en a été transmis jusqu'à moi et je n'ai d'autre mérite, messieurs, que de vous l'offrir. Prenez et guérissez*. » Que l'on tâche à restituer les inflexions de l'orateur et ses changements calculés de diapason, et l'on imaginera l'effet produit. Vraiment, le Pont-Neuf n'avait point déchu depuis Tabarin.

Mais ce n'est pas tout ; et d'autres plaisirs sont encore promis aux yeux et aux oreilles du passant. Ici, les marchandes d'oranges promènent leurs frais éventaires. Elles ont en Mercier un client assidu : il demeure persuadé que l'orange l'a guéri de la consomption*. En voilà d'autres qui poussent un cri étrange : « Atrois pour un liard les Anglais ! » et elles débitent de petites poires d'Angleterre^. Le long des parapets, dans les demi-lunes louées à de petits commerces, c'est un fouillis d'échoppes, un embarras, un encombrement, un gazouillement sans nom. Et quelles bizarres nourritures viennent soudain inquiéter l'odorat! « C'est une

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