‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 320 sur 521 · XII · texte numérisé non relu

XII

ses fenêtres comme pour le disposer doucement au sommeil, il prêle l'oreille à ces sons qui s'éloignent et qui dans le lointain ont encore plus de charmes, il s'endort voluptueusement en répétant l'air chéri qui a parlé à son âme! » Quelle description engageante! N'y a-t-il point de quoi convertir les tympans les plus rebelles? Vous ne le pousseriez pas beaucoup pour lui faire avouer, à ce confiant rêveur, qu'il a tout un plan d'adoucissement des mœurs publiques parla bénigne influence des mélodies ambulantes. Ah! si seulement le gouvernement se souciait de son devoir* !

Toujours est-il, faute de mieux, que ces sons enchanteurs consolent un peu Mercier de l'effroyable discordance des cris de Paris. « Non, il n'y a point de ville au monde où les crieurs et les crieuses des rues aient une voix plus aigre et plus perçante. Il faut les entendre élancer leurs voix par dessus les toits; leur gosier surmonte le bruit et le tapage des carrefours. Il est impossible à l'étranger de pouvoir comprendre la chose ; le Parisien même ne la distingue jamais que par routine. Le porteur d'eau, la crieuse de vieux chapeaux, le marchand de ferrailles, de peaux de lapins, la vendeuse de marée, c'est à qui chantera sa marchandise sur un mode haut et déchirant... Voilà le maquereau gui n'est pas mort : il arrive, il arrive! Des harengs qui glacent, des harengs nouveaux! Pommes cuites au four ! H brûle ! il brûle! il brûle, et ce sont des gâteaux froids. Voilà le plaisir des dames, voilà le plaisir! c'est du croquet. A la barque, à la barque, à l'écaillé ! ce sont des huîtres. Portugal, Portugal! ce sont des oranges... Les hommes ont des cris de femmes et les femmes, des cris d'hommes. C'est un glapissement perpétuel... Non, jamais le peuple parisien n'a connu la douce euphonie ; et son oreille, incessamment déchirée et non révoltée, est la plus étrangère à toute expression musicale" ». On sent bien les rancunes d'une ouïe torturée et qui devait garder de la haine en réserve à ses persécuteurs d'habitude, car c'est précisément dans sa rue, dans la rue des Noyers, si j'en crois Restif, que la belle Marie-Louise avait élu domicile pour y crier Des cerne-aux! des nou-às vdrtes ' /

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