‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 322 sur 521 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

plaintes graves à élever. Quel mépris on fait de la santé du peuple ! Tables d'étain et récipients de plomb, bières et vins falsifiés, autant d'attentats vingt fois dénoncés et toujours impunis ! Le mal date de loin ; il s'en faut que notre temps puisse s'en déclarer innocent. A de certains jours, les coups pleuvent. Mercier est en bonne place pour ne rien perdre du tumulte. « S'il survient une rixe, à la suite des fumées du vin frelaté, le jurement et la main partent ensemble, la garde accourt et, sans elle, cette canaille qui danse allait se tuer au son du violon. La populace^ accoutumée à cette garde, en a besoin pour être contenue et se repose sur elle du soin de terminer les fréquents débats qui naissent dans les cabarets. Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette soldatesque, ce guet qui met le holà, est composée de savatiers habillés de bleu qui, le lendemain, quand ils auront déposé leur fusil, seront arrêtés à leur tour, s'ils font tapage après avoir vidé la pinte de plomb. Ainsi, c'est le petit peuple qui agit sur le petit peuple; les recrues du guet ne manqueront point. On appelle ces soldats les soldats de la Vierge Marie, parce qu'ils n'iront pas plus à la guerre que les soldats du pape. Quand on leur voit faire l'exercice, on rit involontairement'. » Ces militaires d'occasion, toutefois, n'en sont pas plus tendres au pauvre monde^ ni plus modérés dans l'usage de leur autorité d'un jour. Et cela est aussi d'une vérité bien humaine. « Les coups de crosse de fusils qu'ils n'épargnent pas à la populace fout plus de mal que le bâton des Chinois. Autrefois la troupe qui représente le guet n'avait que des houssines, ce qui ne blessait pas comme le canon du fusil ou comme les cordes tranchantes qui coupent les mains. Ils appellent cela ipar dérision ganter un homme. Quelquefois ils passent les bornes de la sévérité et cela devient révoltant ^ »

Ce cabaret où l'on vient d'échanger des horions et d'où Mercier s'esquive enfin, sous le couvert de sa redingote brune, je me doute bien qu'il l'a été chercher dans le faubourg Saint-Marceau, le « quartier où habite la populace de Paris la plus pauvre, la plus remuante, la plus indisciplinable,.., un peuple qui n'a aucun rapport avec les Parisiens, habitants polis des bords de la Seine. » C'est tout un

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