‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 323 sur 521 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

voyage que de s'y rendre. Mercier Va fait et refait assidûment, et il en garde tlans les yeux lu misère tragique. « Ce fut dans ce quartier que Ton dansa sur le cercueil du diacre P;\ris et qu'on mangea de la terre de son tombeau.., », spectacle d'horreur bien approprié à l'endroit. « Les maisons n'y ont point d'autre horloge que le cours du soleil; ce sont des hommes reculés de trois siècles par rapport aux arts et aux mœurs régnantes... Une famille entière occupe une seule chambre, où l'on voit les quatre murailles, où les grabats sont sans rideaux, où les ustensiles de cuisine roulent pêle-mêle avec les vases de nuit. Les meubles en totalité ne valent pas vingt écus, et, tous les trois mois, les habitants changent de trou, parce qu'on les chasse, faute de paiement du loyer. Ils errent ainsi et promènent leurs misérables meubles d'asile en asile. On ne voit point de souliers dans ces demeures, on n'entend le long des escaliers que le bruit des sabots. Les enfants y sont nus et couchent pêle-mêle *.« Cette page, toute franche, dépouillée et crue, n'est-elle pas de même éloquence (et sans aucun artifice littéraire!) et de même portée que le fameux morceau de La Bruyère sur les paysans?

Contrairement au compagnon d'Asmodée, ce dont Mercier n'a cure, ce sont les aventures des particuliers. Il ne se soucie ni de domiciles à violer, ni de secrets à surprendre. Ce qu'il lui faut, c'est justement ce que les naturels de Paris ne songent pointa cacher ni à déguiser, ce qu'ils ont d'apparent, de manifeste et, en quelque sorte, de public. Comment ils se montrent et se comportent, en tout rang social, en toute condition humaine, aux heures de labeur et aux instants de détente, isolés ou en groupe, dans le jeu familier de leurs instincts et de leurs habitudes, de leurs travaux et de leurs plaisirs, de leurs opinions et de leurs préjugés ; leur humeur et leur dehors, leur complexion propre et les empreintes reçues et les plis contractés, voilà ce que Mercier recherche, scrute, analyse, discerne et dé-

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