‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 325 sur 521 · T. de P., 1, S2, n · texte numérisé non relu

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4. u, 211. C'est l'iusatiable activité de son esprit qui rend ce peuple si mobile. Fils d'une race plus indolente, le judicieux Malaspiua, quej'ai déjà cité, rend compte de son impression en termes excellents. « J'ai trouvé les Parisiens pénétrés de ces deux maximes : il faut jouir, il faut s'occuper. U ne suffit pas au Parisien de vivre s'il ne vit pas dans la jouissance et, d'autre part, il ne saurait vivre sans occupation. 11 s'occupe donc pour jouir et l'occupation même est pour lui une jouissance. Uû tempérament très vif, curieux, incapable de supporter l'ennui, mobile dans ses désirs, le pousse à varier ses plaisirs et à les raffiner de tout son pouvoir; aussi a-t-il trouvé le moyen d'adapter le plaisir à toutes les classes et à toutes les ressources. Ici tout le monde jouit, le riche, le grand, le petit et le pauvre. » Article de M. G. Paris dans les Uéùais du 2 septembre 1S91.

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règne, ainsi que les concetti, les énigmes et le burlesque; puis est venu Vadé, avec son style poissard, et nous avons parlé le langage des halles. Les calembours, les charades ont eu leur tour; enfin Jeannot s'est vu placé sur nos cheminées en regard avec Préville qui ne vaut plus rien. » Et Mercier ajoute, par forme de moralité, car il a une rancune à soulager contre d'autres favoris passagers de la mode. « Les économistes ne sont plus hélas 1 Je les ai vus naître, ergoter, briller, nous affamer et disparaître. »

Les Parisiens sont sujets à ^changer d'opinion, mais rien n'égale l'aveuglement de leur foi à celle du jour tant qu'il dure, et Mercier les prenait bien sur le fait en écrivant : « Quand une opinon a été amenée par la mode, rien ne la déracine qu'une nouvelle invasion de la "folie. L'autorité, la sagesse sont impuissantes contre la déraison universelle. Les sots sont les ministres de la mode; ils la respectent, ils regardent ses jeux comme des lois essentielles. » A la vérité, l'inconstance même a ses compensations; elle préserve des erreurs endurcies, tout autant que des conversions durables. Gomme il sait bien son Paris à iond, l'homme qui trace ces lignes ! « Il est plus difficile à Paris de fixer l'admiration publique que de la faire naître; on brise impitoyablement l'idole qu'on encensait la veille et, dès qu'on s'aperçoit qu'un homme ou qu'un parti veut dogmatiser, on rit, et voilà soudain l'homme culbuté, le parti dissous '. »

D'autre part, n'est-il pas pris sur le vif, cet amour-propre ingénu et démesuré? « Quand un Parisien a quitté Paris, alors il ne cesse en province de parler de la capitale. 11 rapporte tout ce qu'il voit à ses usages et à ses coutumes ; il affecte de trouver ridicule ce qui s'en écarte; il veut que tout le monde réforme ses idées pour lui plaire etl'amuser. 11 parle de la cour comme s'il la connaissait, des hommes de lettres comme s'ils étaient ses amis, des sociétés comme s'il y avait donné le ton. Il connaît aussi les ministres, les hommes en place. Il y jouit d'un crédit considérable; son nom est cité. Il n'y a enfin de savoir, de génie, de politesse qu'à Paris... Le vers fameux :

Elle a d'assez beaux yeux, pour des yeux de province,

le Parisien l'applique à son insu à tout ce qui n'est pas

dans sa sphère*. » Voici un autre trait de suffisance dont l'exactitude serait, de nos jours, plus contestable : « Le Parisien a le singulier talent de faire poliment une question désobligeante à un étranger ; il allie l'indifférence à la réception la plus gracieuse ; il lui rend service sans l'aimer et l'admire par mépris*. » Un travers inverse, mais non plus réfléchi, semble bien avoir pris la place de celui-là.

Quand Mercier observe, par contre, qu' « ou ne peut rien imaginer de plus sot que la manière dont un bourgeois parle des Puissances voisines", «prononcerons-nous en conscience que le petit-fils de ce bourgeois ne puisse plus rien prendre pour lui du reproche? « Il croit comme article de foi tout ce que lui dit la Gazette de France, et, quoique cette gazette mente impudemment à l'Europe par ses éternelles omissions, le bourgeois de Paris ne croit à aucune autre gazette \ » De qui parle-t-on ici? Sommes-nous certains que ce soit bien d'un sujet de Louis XVI? et, en remplaçant le nom de la vénérable feuille de Renaudot par celui de quelque journal plus yyioderne, la phrase en marcherait-elle plus mal? Juges et bons juges de la pénétration et de la véracité de Mercier, nous le sommes peut-être bien aussi quand il nous dépeint les idées fantastiques que notre voisin, de l'autre côté de la rue, se fait des nations étrangères. La populace, dit-il, « croit que les Anglais mangent la viande toute crue, qu'on ne voit que des gens qui se noient dans la Tamise et qu'un étranger ne saurait traverser la ville sans être assommé à coup de poing ^ »

Cette fois, si décidément nous crions à l'exagération, c'est tant mieux, et il le faut imputer tout de bon à quelque progrès des lumières, mais, si ce n'est de nos voisins d'outre- Manche, sommes-nous, d'ailleurs, assurés, gens de Paris, de

2. I, 5o. Voici toutefois le correctif qu'un étranger apporte à ce jugement : « II n'y a peut-être pas de nation plus prête que la française à rendre justice aux talents d'un étranger et à les récompenser, et la constatation d'un mérite quelconque dans la personne d'un étranger fait aussitôt oublier aux Parisiens leurs préventions contre la nation à laquelle il appartient. » Journal des Débats du 2 septembre 1891. Article précité.

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