VII
par le café, encore n'est- il pas trop décent d'y aller beaucoup, on donne à croire qu'on ne sait que faire de son temps et qu'on ne connaît personne. Mais enfin ce café n'a rien qui sente la disposition à se réjouir. « L'eau noire qu'on y boit est plus malfaisante que le vin généreux dont nos pères s'enivraient; la tristesse et la causticité régnent dans ces salons de glace et le ton chagrin s'y manifeste de toutes parts'. » Où sont les tables joyeuses d'antan. « Nos repas sont nu peu tristes, on ne boit plus, on change d'assiettes sans les salir, on médit tout bas à sa gauche de celui qui est à sa droite, une certaine dignité froide a remplacé la
gaîté que le vin inspirait jadis 0 renversement de la
joie française! On avale de l'eau devant ces flacons qui
rafraîchissent dans des seaux d'argent et dans la glace pilée. La gaîté légère et brillante, si nécessaire aux écrits et à la santé, n'est cependant qu'au fond du verre, mais l'avide esprit de calcul suit les gens à table. On y rêve encore à la fortune*. »
11 y a, du moins, tels jours dans la vie où l'on se sent l'âme en fête, ou l'on bannit le souci de la veille et l'obsession du lendemain. Est-ce qu'on ne saurait plus se marier gaîment à Paris? Écoutez la réponse. « Les traiteurs se plaignent tous hautement que les festins de noces deviennent de jour en jour moins fréquents, qu'on s'enfuit à la campagne pour ne point faire de banquet; ils disent que la joie tombe, que la mélancolie domine la nation, puisqu'on renonce à la bonne chère et à l'intempérance dans le jour le plus solennel de la vie, que nos aïeux célébraient tous par la plus complète ivresse que leur franchise ne redoutait pas. Les ménétriers
1. I, 217. Henri Martin estime aussi que l'usage du cate, devenu général dès la Régence, a changé quelque chose au système nerveux des classes aisées et lettrées. Hist. de France, xv, 331. Par contre, voici un contemporain de Mercier qui n'attribue au même breuvage que des effets bienfaisants. « Je crois pouvoir assurer que c'est à l'établissement des cafés en aussi grand nombre, à Paris, que l'on doit l'apparence de douceur, d'urbanité qui brille sur la plupart des figures. » Auparavant le cabaret, l'abus du vin rendait les gens fort querelleurs. Les meilleures choses pourtant ont des inconvénients dont ou ne s'aviserait point. « Aussitôt que les jeunes gens ont vu les maris assemblés dans les cafés^ ils ont tout fait pour être admis à consoler les femmes de cette désertion. >> Et la chronique ne dit pas qu'ils y aient échoué. Diogene à Paris, 1787, 169, 174.