‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 328 sur 521 · Il, 219; vtir · texte numérisé non relu

Il, 219; vtir

se plaignent aussi qu'on ne danse plus comme on faisait jadis*. » Enfin, comme il est naturel, la contagion a gagné jusqu'aux lieux de plaisir. Le bal de l'Opéra n'est plus que l'ombre de lui-même. « 11 régnait autrefois dans les bals une grosse gaîté; il n'y en a plus, on s'observe sous le

masque autant que dans la société On donne six livres

par tête pour entendre une symphonie bruyante et monotone. Quand on n'a rien à demander aux femmes, on s'y ennuie, mais on y va pour dire le lendemain : « J'ai été hier au bal et j'ai manqué d'y étouffer*. »

On le voit, la persistance du refrain est pour faire réfléchir. Que devient la légende de ce siècle couronné de roses dont la nostalgie trompeuse nous hante encore en nos jours de brumeV Un fantôme nous en imposait, subtil et charmant, comme une de ces visions de je ne sais quelle imaginaire comédie italienne que le pinceau de Watteau a fixées pour nos regards ravis. Mais avions-nous donc si mal regardé et n'ont-elles pas, elles aussi, une teinte ineffable de mélancolie? En réalité, ces hommes ressemblaient déjà plus à leur fils qu'à leurs pères, et, témoin d'une métamorphose qui l'avait épargné, Mercier s'en affligeait. Les pages que je viens de citer sont un bon miroir à le contempler luimême. 11 a la foi nouvelle, mais l'âme ancienne. Par son exemple, au moins, par un heureux privilège de nature, il les montre compatibles et il fait justice, comme je le disais plus haut, de ce préjugé qui voudrait réserver aux cœurs chagrins le don des conceptions nobles. Ce regret si franc des jouissances cordiales d'autrefois ne laisse apercevoir nulle trace de sensualité basse. Il y a des traits un peu appuyés, un peu crus, dans ce bon souvenir aux aïeux qui ne redoutaient même pas certaine « intempérance ». Mais c'est chez Mercier expression de robuste et saine humeur, sans mélange d'aucune pensée oblique. Rien ne sent moins ce fâcheux épurisme de taverne dont on a — trop injustement d'ailleurs — chargé la mémoire de Béranger. Rien ne donne moins l'idée d'après nous la fin du monde ou d'aucune renonciation aux tâches laborieuses. 11 est pénible à Mercier qu'on prenne la vie de travers, car lui la goûte comme il

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