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520 SEBASTIE.N MERCIER
colosse d'osier qu'un homme porte sur ses épaules et auquel il fait faire des révérences et des courbettes devant toutes les vierges de plâtre qu'il rencontre. Le tambour l'annonce et, dès qu'on met la tète à la fenêtre, ce colosse se trouve de niveau à l'œil du curieux. Il a de grandes manchettes, une longue perruque à bourse, un poignard de bois teint en
rouge, et les soubresauts qu'on imprime au mannequin
sont tout à fait plaisants, si l'on considère que c'est un sacrilège que l'on fait danser ainsi'. » En quoi sa pensée se laisse bien pénétrer, car Mercier ne néglige point pareille occasion de philosopher et, s'il se félicite que le progrès des temps ait remplacé sur les bûchers la chair humaine par un simulacre grotesque, soyez sûr cependant qu'il souffre pour les âmes pieuses delamascarade qui insulteàleur délicatesse. Parfois, en vérité, il en remontrerait aux croyants en fait de pudeur. Le cœur lui lève à rapporter ce qui se passe, avec approbation de l'autorité civile et religieuse, à la Sainte-Chapelle, dans la nuit du jeudi au vendredi-saint. Un morceau du bois de la vraie croix y est exposé publiquement et passe pour guérir Tépilepsie. On y voit accourir une foule de malades vrais ou supposés. « Plusieurs de ces prétendus possédés, qui ne hurlent qu'à minuit précis, au moment où l'on tire du coffre l'instrument du supplice du Seigneur, ont le privilège de se répandre ce jour-là en imprécations publiques ; elles sont censées la pure inspiration du diable. J'y ai entendu, en 1777, le plus hardi, le plus incroyable des blasphémateurs. Imaginez tous les adversaires de Jésus- Christ et de sa divine mère, imaginez tous les incrédules mêlés ensemble et ne formant qu'une seule voix : eh bien! ils n'ont jamais approché de son audace sacrilège, injurieuse et dérisoire. Ce fut pour moi et pour toute l'assemblée un spectacle bien nouveau et bien étrange que d'entendre un homme défier publiquement et d'une voix de tonnerre le Dieu du temple, insulter à son culte, provoquer sa foudre, vomir les invectives les plus atroces, tandis que tous ces blasphèmes énergiques étaient mis sur le compte du Diable. La populace se signait en tremblant et disait, le front prosterné contre terre: « C'est le démon qui parle*. » Le souffle ayant enfin manqué au frénétique, on le mit à la porte