IV
reur avoir aperçu dans Paris Lord Clive, « cet homme chez qui l'implacable conscience élevait sa voix terrible L'obscurité le glaçait d'effroi, les fantômes des Indiens qu'il avait affamés de riz lui apparaissaient, et il poussait alors des cris involontaires K » Ce bourreau finit par se couper la gorge d'un coup de rasoir.
L'homme le plus fameux du siècle, il lui fut donné aussi de l'entrevoir enfin. Au printemps de 1778, si peu de jours avant sa mort, le retour de Voltaire emplit les deux rives de la Seine de pompe et d'émoi. Dans le grand concours de visites qui assiégea l'hôtel de Villette, les gens de lettres naturellement affluèrent. Mercier, lui aussi, fut présenter ses devoirs au patriarche. Revêtu, selon un propos du temps, de certain habit violet fait pour rappeler le camail de Jean Hennuyer^ il lui adressa ce compliment civil : <^ Vous avez si fort surpassé tous vos confrères en tout genre; vous surpasserez encore Fontenelle dans l'art de vivre longtemps. » De quoi le vieillard se défendit avec une jolie malice : « Ah ! monsieur, Fontenelle était un Normand, il a trompé la nature*. » Ils ne s'en tinrent, du reste, pas à cette rencontre. La loge des Neuf Sœurs reçut Voltaire en grande cérémonie. Elle comptait beaucoup d'artistes et de littérateurs' qui couvraient du mystère maçonnique nombre d'âmes candides et de bénins divertissements. Le grand jour venu, Mercier était présent au siège de la loge, qui occupait, dans la rue du Pot-de-Fer*, le lieu du propre noviciat où s'étaient formés jadis les futurs Jésuites, et, sous « Pauguste tablier » qui le ceignait, on pense s'il goûta le piquant du contraste à voir « entrer frère Voltaire, au son des instruments, dans la même salle où on l'avait tant de fois maudit théologiquement. Ainsi le voulut le grand Architecte de l'Univers ^ « La grâce de cette récente fraternité