T. de P., IX, 104. B. de .V., ui
qu'il doit aimer. Partant, sa grande haine est pour l'ironie, pour la raillerie, les rieurs, tout ce qui inquiète, entame, altère la quiétude de la foi morale. L'aversion instinctive qu'il a pour Voltaire éclatera tôt ou tard, et quelque contrainte se mêlera toujours à son admiration pour Molière dont le comique lui semble suspect d'impiété'; car, pour lui les vraies choses saintes, ce sont les vérités morales : employer son art à combattre le ridicule lui semble superflu ; en soi, c'est déjà un emploi répréhensible du talent, puisqu'il y a mieux à faire, mais ce qui est pis, c'est qu'on s'expose, en maniant cette arme dangereuse du comique, à effleurer certaines délicatesses de conscience, si susceptibles et si respectables. Quand on a, à ce point, la notion précise du bien et du mal, du noir et du blanc, on prend en haine, comme un desordre et un dommage, tout ce qui menace de les confondre, de les embrouiller et d'égarer ainsi notre esprit de conduite.
Comme elle est sûre d'elle-même et de son assiette inébranlable, cette foi morale de Mercier est aussi sereine. Faite pour les hauteurs, elle n'y suffoque point. Quand aujourd'hui quelques généreux conducteurs de consciences nous crient : Su?'sum corda, nous trouvons nos cœurs pesants à soulever; et dans ce lait de la tendresse humaine où ils nous exhortent à reprendre goût, nous sentons je ne sais quelle saveur secrète d'absinthe. C'est que la piété ou la veilléite de piété va fort bien, comme on l'a dit, sans la foi. Nous ne sommes pas sûrs de nous, l'horizon interrogé reste brumeux et notre bon vouloir demeure trempé de tristesse. La foi totale au contraire, la foi massive et qui se sent invulnérable, celle du curé de campagne (je répète ma comparaison), celle-là est légère à l'âme qu'elle meut, elle la rend souple et allègre. Dans sa probe et ferme droiture^ Mercier, cent ans auparavant, eût été un dévot ferré sur ses principes et du plus cordial enjouement, La philosophie ne le rend pas plus morose. Il en a le cœur nourri à son gré et juge la vie bonne. 11 jouit de ses pensées et se tient content de son sort : « Au moment de ma naissance, un billet qui portait santé, liberté, gaîté m'était heureuse, ment échu. Aussi me donnerait-on des trésors^, je les refu-