‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 35 sur 521 · B. de .V · texte numérisé non relu

B. de .V

serais sur le champ, non par un désintéressement philosophique, mais parce qu'après avoir vu qu'on ne gai:,ne un bien (ju'au détriment d'un autre, j'avais sagement prévu qu'en devenant riche, je deviendrais misanthrope ou malade N'en déplaise à M. Heraclite, il n'y a que la philosophie riante qui triomphe des maux : alors on ne se fait une perspective que de ce qui est agréable et l'on se regarde comme au parterre à l'égard de tous les événements... qui occupent la scène du monde'. » Il aime le beau temps, la campagne, la promenade. Il a belle humeur et grand appétit, il s'attarde volontiers en de copieux repas « parlant comme nos bons pères et buvant bonnement comme eux 2». Enhn voici son dernier mot qui résume le tout : « Notre âme nous fournit tant de moyens de jouir qu'il est étonnant qu'on n'en fasse pas plus d'usage et qu'au milieu des ressources immenses qu'elle nous offre à toute minute, on se livre à l'ennui ' ».

C'est un heureux homme, car ses bonnes qualités conspirent à lui donner le bonheur. Certain que toutes choses tendent au meilleur et que, pour sa petite part, il les y aide, lui écrivain, par la vertu de son noble emploi, cette précieuse conviction enchante sa vie, puisque c'est à elle, en effet, qu'il a consacré sa vie, qu'elle lui suffit en lui demeurant fidèle, qu'elle le tient à l'abri des ambitions et des passions qui désabusent. Quand on est si bien servi par son intelligence et sa volonté, c'est une grande joie que le travail. Mercier s'y est voué pour toujours, non, sans caprice, d'ailleurs. Son « génie », à ce qu'il nous apprend lui-même S le visite à ses heures, s'impose à lui, le force d'écrire quand il voudrait se promener. « Tantôt tu m'apportes des idées extraordinaires que je crains de confier au papier, tantôt des idées si simples que je n'ose les produire. » Ce sont là de bonnes heures, et Mercier s'enferme, devisant avec lui-même, tisonnant avec délices, suivant au bout de ses pincettes

1. Entretiens du Palais-Royal, Paris, Buisson, 1786, pp. 12, 75.

2. Entretiens des Tuileries, Paris, Buisson, 1788, p. 113. « Sa cavcj nous dira-t-ou plus tard, est aussi bien garnie que sa biiiliotiièqne », Mémoires de Fleury, i, 442. J'anticipe sur les dates, mais les traits de nature, chez Mercier, ne changent guère.

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