‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 342 sur 521 · IX · texte numérisé non relu

IX

3. « Quant à la promenade du Luxembourg, où l'on n'étudiait que de vieux sermous, où Ton ne ressassait que d'antiques nouvelles, elle ressuscite depuis qu'uu grand prince (le Comte de Provence qui habitait le palais) y répand un esprit de vie. Mais toujours, l'on y commerce et l'on y tricote avec la «implicite du bon vieux temps. » Paris en miniature, 1784, p. 2U.

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SOUS des berceaux, ce qui est très sain ; l'apprêt des mets y sent moins la gargote qu'ailleurs », et l'on n'y est point mis à trop verte rançon *. C'est tout justement le voisina,i;o qui convient à l'enclos adjacent des ChartreuX;, un endroit où Mercier se plaisait à rêver. Car la solitude y était entière, bien qu'en plein Paris et à quatre pas de la Comédie-Française, Ni la règle de l'ordre, ni le recueillement des religieux ne souffrait en rien de cet emplacement insolite, où l'esprit du fondateur, en vérité, eût aimé à revenir. « Le jardin des Chartreux, dit Mercier, a le caractère du désert, la terre des allées n'y est point remuée, l'herbe y est épaisse, les arbres n'y portent point l'empreinte de la faucille, il sont humbles et courbés comme les religieux qui vous saluent sans vous regarder; c'est ici le noviciat de l'Eternité... J'ai aperçu dans l'enclos un homme qui priait à genoux au pied d'un arbre en fleurs, comme s'il eût été dans un temple. Cela m'a frappé'. » On sent le bon Mercier pris de sympathie pour ces silencieuses et blanches figures. A cette heure, il ne songe guère à des accès d'indignation philosophique contre la vie monacale. Cette méchante humeur, en ce temps-là, était de style. Mais Mercier parle-t-il de visu, confesse-t-il une impression personnelle, le ton change; il a trop d'intelligente sympathie et de franchise pour se mettre en défense. Les Chartreux lui plaisent; ils ont placé haut leur conception de la vie, ils donnent leur temps à la méditation, et, par le sage emploi qu'ils eu font, les jours ont pour eux 72 heures. Pourquoi ne leur envierait-il pas un tel avantage, lui, ce grand travailleur, qui sait si bien le prix des instants? Il ne prendra jamais le froc, soyez-en certain, mais en voilà assez pour lui faire regarder en bonne part la pieuse communauté. « J'aimerais mieux^ s'écrie-t-il, être toujours seul que d'être obligé de vivre incessamment en présence d'autrui'. » Ce bienheureux isolement n'est, d'ailleurs, pas le privilège du cloître. Mercier sait à fond tous les endroits de la ville où il fait bon philosopher. Il nous conduira bien volontiers au Jardin du Roi\ « le plus champêtre, le plus varié et le plus pittoresque qui soit à

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