Le Jardin des Plantes
Paris. » C'est là qu'au sortir des galeries, tout étourdi de l'entassement qui y règne, il aime à se rafraîchir l'esprit. « J'admire les belles vues du haut du monticule nommé labyrinthe, je salue le cèdre du Liban, les vieux palmiers en éventail, les deux cierges du Pérou, les plantes exotiques. Je ne connais pas de promenade plus délicieuse ^ )i
Il n'y a qu'à traverser la Seine pour trouver un autre jardin « en très belle vue », celui de l'Arsenal, la promenade des habitants du Marais, « qui ont toujours l'air un peu antique et de plus ennuyé *. » Partout où son caprice le conduit, l'explorateur sait bien apercevoir les particularités des indigènes et bon nombre d'originaux prennent place sur ses tablettes. Dans ce Marais, par exemple, c'est la propre image du siècle de Louis Xlll qui s'est dressée devant lui. On y voit régner « l'amas complet de tous les vieux préjugés». C'est le pays des « vieillards grondeurs, sombres, ennemis de tous les idées nouvelles ; et des conseillères bien impérieuses y frondent, sans savoir lire, les auteurs dont les noms parviennent jusqu'à elles; on y appelle les philosophes des gens à brûler... Tous ces sots réunis se déplaisent et s'ennuient réciproquement. Ils n'aperçoivent que de loin la lumière des arts et, réduits au Mercure de France pour toute nourriture, ils ne connaissaient rien au delà. » Mercier n'a fait qu'y passer, mais on ne l'y reprendra plus. Il bâille encore au souvenir de « ces maisons presque cloîtrées où l'on se livre, faute d'autre amusement, à l'éternelle occupation de battre et rebattre les cartes pendant les plus belles heures du jour et même dans les plus belles saisons de l'année ^ »
C'est peut-être bien dans ce pays silencieux, loin des bruits profanes, qu'il a réussi à franchir le seuil d'un couvent de femmes dont il nous rapporte quelques physionomies curieusement esquissées. N'est-elle pas quelque peu cousine de la sinistre fanatique dont Diderot nous a donné un si vivant portrait*, cette nonne maigre et jaune? « Le feu sombre de ses regards annonce que du fond de son cloître elle voudrait tout remuer et tout agiter dans le