VI
•i. La Religieuse.
monde..., et il ne faut qu'une heure de conversation avec elle peur avoir des soupçons injurieux sur les actions des hommes que l'on estime le plus. » Et cette abbesse inexorable comme le Destin, on comprend que Mercier l'a peinte aussi d'après nature. « Toutes les passions se sont calcinées dans son sein et il en est résulté une masse froide et insensible... Elle ne sent point les peines de celles qui souffrent sous sa règle. Le calme delà froideur s'est étendu sur sa ronde face unie; elle est devenue lisse et dure comme le bois qui forme le tour du couvent. Elle commande, elle tourmente, voilà sa grandeur et sa volupté*. » Celles-là, on le pense bien, ne le reconcilient pas avec le cloître. Elles sont faites pour ranimer le sentiment de révolte qui dictait à La Harpe sa Mélanie et à Diderot sa Religieuse; et, si Mercier, d'aventure, assiste à une prise d'habit', il ne peut réprimer la protestation de son cœur contre les pompes de cet enterrement anticipé.
Vous sentez-vous, comme lui, obsédé de la rhétorique du prédicateur et de la funèbre harmonie des orgues, suivezle : il a tôt fait de rentrer dans le siècle. Voici de plats personnages, pétris, ceux-là, du limon le plus terrestre. C'est, par exemple, ce « gros homme en perruque nouée », dont l'habit est un peu râpé et le galon usé. Regardez-le bien, ce Nicolas Salzard, valet de chambre et jadis portier : si son nom ne vous apprend rien, sachez que par sa signature mise au bas d'un papier, il assure au roi de France 160 millions par an, car il n'est autre que le prête-nom de l'opulente compagnie des fermiers généraux. Grâce à cette formalité qu'elle lui délègue, il a 4.000 livres d'appointements qui lui permettent de venir s'asseoir dans ce coin de café et d'y humer en bâillant une bavaroise interminable'.
Vous plaît-il maintenant de rencontrer tout l'opposé de cette figure somnolente : Mercier vous montrera un certain procureur aux consuls* qui est bien près de réaliser dans son cerveau le problème du mouvement perpétuel. « Il est véritablement enseveli dans un tas de paperasses, car il faut se lever sur la pointe du pied pour l'apercevoir. Il a