‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 349 sur 521 · E. des T · texte numérisé non relu

E. des T

promenades*, qui ne se complaisent qu'en eux-mêmes, prononçant sur tout sans rien savoir et « se persuadant que leur taille à crû de dix coudées lorsqu'ils ont jeté quelque regard dédaigneux ou proféré quelque mot au désavantage d'un auteur qu'ils n'aiment pas'. » Là verrez-vous flâner à la recherche d'un patient les frondeurs qui en voudraient dire long sur les moyens de réformer l'État ' ; et là enfin ne manquent pas d'accourir ceux qui, par profession, savent que la fortune ne souffre à ses courtisans aucune distraction, les chevaliers d'industrie qui lui doivent déjà beaucoup et en attendent davantage, le Gascon qui a poussé ses études jusqu'en troisième et trouve son compte à enseigner la philosophie, l'aventurière qui en impose par sa parenté imaginaire avec une famille ducale, et l'homme de qualité qui ne dédaigne pas de prêter à gros intérêts des écus de six francs aux marchandes de la Halle*. C'est là encore que l'on pénètre le dessous des réputations ou qu'on apprend comment elles se déchirent tantôt par méchanceté, tantôt par passe-temps ^

On y entend discourir sur le merveilleux*'', on y recueille les confidences des naïfs encore tout échauffés sur leur charlatan favori. Il s'y débite des histoires de sorciers, de loupsgarouxet de spectres. Les gens qui ont une bonne mémoire savent en tirer à propos quelque anecdote du feu comte de Saint-Germain; et que sait-on, d'ailleurs, s'il est bien mort, cet être fabuleux dont nul n'a connu l'âge ni l'origine? Les mauvais plaisants que ce bruit attire rient encore sans trop se gêner de la mésaventure de ces femmes de qualité à qui on avait promis de leur montrer le diable et qui furent si cruellement trompées^ Telle autre jolie curieuse

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